Manuel Rodriguez : réflexions sur le faubourg Négrier, l'école Victor Hugo, la scolarité des enfants ! 4/9
Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
Les mots soulignés renvoient à des documents de Mekerra, cliquez dessus pour afficher l'image.
J’ajouterai aussi que plus tard, fin des années 50, en 58 notamment, Mr Salvatori, Mr Benamou, Mr Robert et même le populaire Mr Gilette « el cojo », le boiteux, y enseignèrent aussi.
Je savais tout ce qui s’y passait, dans les moindres détails, en écoutant mes amis évoquer le déroulement de certains cours, les mesures disciplinaires très sévères faisant loi dans quelques classes, mais aussi les faits divers qui émaillaient cette vie scolaire, racontés à satiété, et qui, à chaque fois, les faisaient rire aux éclats.
Parmi ces nombreuses anecdotes, j’en retiendrai une qui marqua durablement ma mémoire et qui illustrait bien les relations entre maîtres et élèves, en ce temps- là, dans cette école de quartier. C’était vers la fin des années 40, disons 47 ou 48.
Dès l’école primaire, à l’âge de 7 ou 8 ans, les choses sérieuses commençaient pour tous ces jeunes. Plus de la moitié d’entre eux étaient d’origine hispanique et on peut dire que 20% de l’effectif total étaient composés de petits indigènes habitant surtout la rue du Stade Paul André, la rue Courbet, et son annexe, la rue Genner ; c’était celle des bains maures, le « hammam ».
Puis la célèbre Casbah, tout à l’ouest de l’artère principale, fournissait encore à l’école un réservoir non négligeable de petits autochtones.
Il fallait faire, trois ou quatre années durant, l’apprentissage de la « construction de phrases » et essayer de rédiger de petits paragraphes en se pliant, le mieux possible, aux normes de la langue de Molière. Les plus habiles d’entre eux  zappaient  à temps dans leur tête et s’efforçaient d’écrire le plus conformément au bon usage.
D’autres, plus innocents ou moins doués, oubliaient de faire le tri et fonçaient tête baissée, s’abandonnant ainsi à leur inspiration naturelle.
Je dois ici rappeler que nous parlions dans le faubourg un français, certes relâché, comme dans les campagnes françaises, avec son lot de régionalismes non admis par nos dictionnaires, mais en plus – le bilinguisme de la génération antérieure aidant – nous ne manquions pas d’y introduire parfois des hispanismes ; ces structures idiomatiques espagnoles toutes faites qui, traduites mot à mot en français, étaient incorrectes, difficilement compréhensibles d’ailleurs pour les non initiés.
Tournez la page