Manuel Rodriguez : réflexions sur le faubourg Négrier, l'école Victor Hugo, la scolarité des enfants ! 5/9
Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
Les mots soulignés renvoient à des documents de Mekerra, cliquez dessus pour afficher l'image.
Elles nous étaient cependant très, très familières.
Je citerai quelques exemples de cette prose :
« - La voisine nous a grondés parce qu’elle nous a calés en train de lui voler des roses ! (Elle nous a surpris !) « Nos ha calao ! »
- Je me suis fâché avec mon copain parce qu’il se le croit trop. (Il est trop orgueilleux. Il est trop sûr de lui. ) «   Se lo cree mucho.»  
- Depuis ce jour-là mon cousin a laissé de nous écrire. (Il a omis, oublié de nous écrire) «  Ha dejao de escribirnos !
- Mon copain me l’avait bien dit, mais moi je n’étais pas tombé ! (Je n’avais pas fait le rapprochement, je n’avais pas réalisé !). «Yo no había caío »
- En l’absence de nos parents, j’étais ni plus tranquille avec mes petits frères, à la maison ! (Bien tranquille !) « Ni más tranquilo ! »
Il y en avait tellement d’autres encore dans ce style !
Les comptes-rendus du maître de CM1 ou de CM2 étaient presque toujours angoissants pour les jeunes gamins du cru et certains en étaient même complètement traumatisés.
Pour pas mal d’entre eux à cet âge-là, la langue étrangère c’était encore le français.
L’enseignant ne manquait jamais l’occasion, me disaient-ils, de pimenter ses remarques et ses critiques, par la lecture d’un petit passage comprenant une « belle perle » du genre de celles rappelées précédemment.
Pas d’anonymat ! L’auteur était nommément désigné.
L’agacement du maître à constater ces fantaisies de langage issues de l’espagnol, devait très certainement, hélas, rejeter au second plan, chez lui, le souci de réserve, le savoir-faire pédagogique.
Il fallait donc, pensait-il, sévir  de façon spectaculaire!
Il enfonçait délibérément le clou.
Pour l’ensemble des élèves, c’était comme si celui-ci avait mis son nez dans leurs échanges verbaux lors de leurs éternelles querelles de rue ou leurs marathoniennes parties de foot disputées dans le moindre petit espace libre.
Tous les petits copains de classe, du haut de leurs 8 ou 10 ans, étaient alors sans pitié pour la malheureuse victime. Pensez donc! Ils l’imaginaient prise en flagrant délit dans leurs élucubrations extra-muros et tout ceci contribuait évidemment à alimenter généreusement cette hilarité tapageuse.
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