Manuel Rodriguez : réflexions sur le faubourg Négrier, l'école Victor Hugo, la scolarité des enfants ! 3/9
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Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
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Pour nous rendre en ville, nous franchissions cet espace dans sa largeur mais légèrement en diagonale, sud- ouest nord- est. Un laps de temps d’environ cinq à dix minutes de marche et nous n’étions donc plus « chez nous ».
Si s’interpeller dans la langue hispanique, à haute voix, d’un trottoir à l’autre, ne suscitait en nous la moindre gêne dans nos rues, dès que nous arrivions à hauteur de l’atelier des frères Lanié, vulcanisateurs, rue Prudon, un changement radical s’opérait. Les fortes sonorités, les « jotas », les « r » roulés n’étaient plus que murmurés, comme mis en sourdine. Il fallait se couler discrètement dans la masse des citadins. Place au français ! Ceci était surtout vérifié à partir de la génération de nos parents, nés entre 1890 et 1920 environ, les premiers vrais bilingues. Je ne m’étendrai pas sur les raisons qui poussèrent mon père à m’inscrire à l’école primaire Voltaire, un établissement du centre ville qui ressemblait à tous les autres groupes scolaires de la cité. |
Je ne constituais pas d’ailleurs un cas isolé puisqu’une bonne vingtaine de petits faubouriens, dont quelques Algériens, devaient m’accompagner dans cette mise à l’écart.
Il y avait surtout là un désir du « pater » de m’extraire de ce bain linguistique si original dans lequel je me trouvais immergé à longueur de journée, dans le patio et les rues du quartier. A la maison, la présence du grand-père maternel andalou, né en 1871, rendait l’usage de la langue de Cervantès obligatoire dans toute relation avec lui. Faut-il préciser que beaucoup d’Algériens étaient donc trilingues, de même que certains Européens qui pratiquaient correctement la langue arabe. C’est de l’école Victor Hugo, l’établissement qui accueillait tous mes camarades de jeux, mes voisins de faubourg, que je voudrais vous entretenir. C’était l’époque où monsieur Perrier, affectueusement dénommé « el tío Perrété », l’oncle Perrété, en était le directeur. Je me souviens aussi de la présence de Mr Saintorens et du célèbre Mr Navarro, Lolo pour les intimes. Tournez la page |