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Raphael Soria : les Mouettes page 2/4
Souvenirs Bélabésiens
Vierge de toute présence humaine, la plage où, au cours de ces vacances, nous venons assez régulièrement mon cousin et moi, appartient à qui veut la prendre.
Mon oncle nous y dépose.
En un tournemain, nous voilà à demi nus, Fernand et moi. Nous voilà courant comme des fous sur le sable fin. Nous voilà sautant et barbotant dans la rive, nous ébrouant comme de jeunes chiens, faisant éclabousser l’eau. Nous voilà plongeant dans la vague. Nous sommes jeunes. Il fait chaud. C’est les vacances. La vie est belle. Le monde nous appartient.
Nous nous en donnons à cœur joie jusqu’au moment où, quelque peu lassés par le trop plein de canicule et d’eau saline de ce premier bain, nous sortons de l'onde pour, alanguis sur le sable brûlant, offrir à la caresse brutale d’un astre incandescent notre peau déjà ambrée par son rayonnement flamboyant, en tournant régulièrement comme si nous fussions des volailles embrochées sur une rôtissoire. Ne fût-ce, diaphane comme un soupir, une bise venue de la mer, nous cuirions dans cette fournaise, trop paresseux pour chercher une anfractuosité à l’ombre salutaire.
D’une pureté absolue, le ciel cobalt est calciné par un soleil chauffé à blanc.
Bien que total, le silence n’est pas minéral. Il n’est pas vacuité. Il n’est pas comme ces pauses soudaines et sourdes de fin du monde d’après les catastrophes, de ces instants totalement vidés de la plus petite parcelle d’environnement sonore. De loin en loin percé de part en part par le rire moqueur de quelque mouette sarcastique, c’est un silence doux, feutré, rond, soyeux, tout empli du claquement cadencé et du clapotement fluide de la vague qui rythme, inusable métronome, son inlassable va et vient et s’obstine à lécher insatiablement de ses langues liquides le sable gorgé de sel et d’eau qui se dérobe.
Robinsons échoués sur un Eden inhabité, nous lézardons tout notre saoul dans un invisible mais très palpable incendie.
Nous rêvassons. Nous somnolons. Peut-être nous sommes-nous même assoupis quand, soudain, semblable à un troupeau d’oies, à une volée de mouettes, à une troupe de manchots, apparaît un groupe de femmes musulmanes vêtues de l’haïk blanc qui ne laisse rien à découvert sinon, à travers un triangle insignifiant, écarquillé, un œil..
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