Vierge de toute présence humaine, la plage où, au cours de ces vacances, nous venons assez régulièrement mon cousin et moi, appartient à qui veut la prendre.
Mon oncle nous y dépose.
En un tournemain, nous voilà à demi nus, Fernand et moi. Nous voilà courant comme des fous sur le sable fin. Nous voilà sautant et barbotant dans la rive, nous ébrouant comme de jeunes chiens, faisant éclabousser l’eau. Nous voilà plongeant dans la vague. Nous sommes jeunes. Il fait chaud. C’est les vacances. La vie est belle. Le monde nous appartient.
Nous nous en donnons à cœur joie jusqu’au moment où, quelque peu lassés par le trop plein de canicule et d’eau saline de ce premier bain, nous sortons de l'onde pour, alanguis sur le sable brûlant, offrir à la caresse brutale d’un astre incandescent notre peau déjà ambrée par son rayonnement flamboyant, en tournant régulièrement comme si nous fussions des volailles embrochées sur une rôtissoire. Ne fût-ce, diaphane comme un soupir, une bise venue de la mer, nous cuirions dans cette fournaise, trop paresseux pour chercher une anfractuosité à l’ombre salutaire.