Mardi 8 août 1944
Définitivement, nous avons quitté Fernandville et nous roulons vers Oran. Tout le long du chemin, de part et d’autre, des gens massés nous regardent. Beaucoup ont l’air émus et nous font des signes d’adieu. Les gens savent bien où nous allons et nous plaignent. Arrivée à la Marine : une épreuve nous attend, celle de la patience. ce n’est que le soir que, enfin, nous montons à bord. Mon installation est convenable puisque j’ai une couchette permanente. celles des hommes laissent à désirer : une couchette à 3. Les autres vont dormir un peu partout dans l’obscurité.
Mercredi 9 août 1944
une journée terne. Tout le monde attend. Sur la promenade de l’Estang des femmes (mères, femmes, fiancées ?), regardent. Espèrent-elles voir l’homme aimé ? On échange des signaux combien platoniques. Brusquement (une mouche m’a-t’elle piquée ? ) je demande une paire de jumelle et j’examine longuement la promenade. Non, tu n’y es pas, comme je l’espérais bêtement. ce ne sera pas comme en 39, t’en souviens-tu, quand je te vis apparaître sur le quai ? Pendant le reste de la journée je roule d’un bord sur l’autre sans savoir vraiment ce que je vais faire.