Ce cheval n’était plus un cheval, maintenant qu’il était libre comme la brise qui souffle sa joie. Il était redevenu cette alliance de force et de beauté. Il avait repris sa place que la nature avait prévue pour lui. L’air, l’espace, les herbes et ces senteurs envoûtantes qui expriment l’infini. Le lieu où se manifeste la vie, sans que l’esprit maladroit et présomptueux de l’homme n’ait rien à y ajouter.
Puisqu’il était cheval, il cavalait. Parce qu’il était cheval, et fier de l’être, il hennissait pour dire aux autres que dans son désir de liberté, d’espace, d’affirmation, il se sentait désespérément seul, parce que sans doute unique. Alors parfois, les oreilles pointées vers l’avant, ses jarrets raidis par la tension qui immobilisait son corps, il regardait aussi loin que portait son regard. Il restait ainsi, quelques instants, pendant qu’autour de lui plus rien ne bruissait comme pour respecter son désir et son attente. Mais rien, rien aussi loin qu’il pouvait voir, ne lui indiquait la présence de cet autre. Cet autre qui semblait ne jamais vouloir sortir de l’image que lui renvoyait souvent l’eau du petit étang lorsqu’il s’approchait doucement, avant de boire. Dont il s’approchait très doucement, afin de vérifier que l’autre y était. Alors seulement, il s’abreuvait, comme s’il pouvait aspirer cette image et la garder avec lui, et partir ensemble, partir avec un compagnon dont la présence nous serait comme un miroir de notre âme... Mais rien, rien aussi loin qu’il pouvait voir.