L’herbe était très haute, dans ce coin de pays où la prairie semblait s’étendre sans fin. Seule, au fond de l’horizon, une crête d’un bleu-vert assez sombre, annonçait les contreforts rocheux comme une lointaine barrière, si lointaine, que même les plus légers des cumulus, qui paraissaient glisser sur un fond de ciel au bleu calme, donnaient l’impression que le vent ne pourrait jamais les véhiculer jusque-là.
Comme excité par le frôlement des herbes sur le bas de ses flancs frémissants, l’animal avait entrepris une longue course, plus sautillant que galopant, ses naseaux écartés à plein afin de mieux s’emplir de cet arôme où se mêlent le sucré et le sauvage, et qui caractérise l’odeur d’une vaste étendue d’herbages.
En cette fin d’été, on eut dit que la nature, éprise de grâce, avait ajouté une touche supplémentaire de fierté et d’émotion chez le grand animal.