À l'affût dans son coin de cour, comme un fauve rabougri, il attendait que notre mère soit obligée de s'absenter, pour, de sa démarche claudicante que sa canne n'arrivait plus à corriger, venir frapper à notre porte et quémander avec outrecuidance auprès de mon grand frère -Il avait quand même douze ans au moins- son sempiternel coup de rouge. Du Kinouri à quatorze degrés, s'il vous plaît, lindispensable "traguico" comme il aimait à le souligner obséquieusement, servi dans une espèce de "cacharrulo", une boite en fer blanc ansée que, par la force des choses, on utilisait parfois à cette époque.
Jusqu'à ce jour mémorable où, lors de l'une de ses fugaces visites, il s'était permis, n'ignorant rien des contacts toujours "enrichissants" que nous entretenions parfois avec les GI's stationnés tout près de là, de revendiquer instamment, outre sa ration habituelle d'alcool, sa part de tabac blond dont il rêvait de découvrir l'exquise saveur.
C'était pour Raymond, la fameuse goutte qui avait fait déborder le cacharrulo.
Excédé par les incessantes sollicitations du vieil ivrogne, le frérot, jamais à cours