Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
André Amadeuf : les pétards, page 3/5
Etait-ce chez Bartual au Faubourg Thiers Boulevard Théodore Héritier ou Chez Lapeyrie (joueur du S.C.B.A.) rue Catinat ? Que ce soit chez l’un ou l’autre de ces commerçants, comme les copains je fus intransigeant en contrôlant avec attention la pesée des ingrédients qui s’opérait grâce à une balance Roberval à deux plateaux et des poids en fonte lestés de plomb. En effet la réactivité, la qualité du mélange et les explosions obtenues étaient tributaires du strict respect des proportions données par la formule.
De retour à la maison, sous la surveillance et les conseils bienveillants de mon paternel qui s’amusait autant que moi, les précieuses poudres furent versées sur une feuille de journal et mélangées avec lenteur et beaucoup de doigté au moyen d’une spatule en bois afin d’éviter tout risque d’explosion !
La préparation terminée fut alors à grand renfort de précautions versée dans un grand flacon en verre que j’obturai délicatement avec un petit bouchon en liège (un bouchon métallique à visser en raison des frictions engendrées pour visser ou dévisser aurait pu provoquer une explosion intempestive !). Une petite quantité du mélange alla remplir un tout petit flacon moins dangereux à transporter. Restait à constater si nous avions réussi notre préparation !
Cela se fit dans notre courette. Le problème consistait à verser sur de la pierre ou sur un sol cimenté, une bordure de trottoir, un seuil de porte, sur du carrelage, mais pas sur un endroit bitumé où la friction était atténuée par la consistance même de ce produit, une dose infime de poudre, soit environ le volume de moins d’un quart de cuillère à café rase. Je posai sur le minuscule monticule un petit galet plat et rond d’environ un centimètre d’épaisseur comme ceux que l’on trouve dans le lit des rivières ou les plages des bords de mer et que l’on ne manque pas d’utiliser d’habitude pour tenter de faire des ricochets sur la surface des ondes. Restait le plus délicat : poser le talon d’une chaussure avec douceur mais fermement sur la pierre en appuyant de tout mon poids, soulever et écarter l’autre jambe et la rabattre vivement pour que le pied en mouvement heurte avec force la cheville statique pour la faire riper sur la pierre et la poudre ! Après quelques essais infructueux en raison d’un manque d’équilibre et de coordination ! Un gros «  BOUM » couronna notre travail et mit fin à nos incertitudes quant à la qualité de notre mélange. Pendant plusieurs mois comme beaucoup de jeunes Belabbésiens, je transportais ma petite bouteille dans une poche et la pierre dans une autre.
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