Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
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André Amadeuf : Rapatriement et Intégration page 04 / 11
L'été 1962 fut très sec dans le Sud-Ouest, la mare se retrouva à sec, Eugène me demanda si je pouvais la curer ce que je fis. Je dus remonter manuellement à la pelle et à la brouette plusieurs tonnes de vase, la fatigue physique étant pour moi un exutoire qui me faisait oublier un instant notre sort !
Les beaux légumes dépérissaient dans le potager, avec un voisin qui possédait une dizaine de vaches qui n'avaient plus d'eau à boire, nous allâmes demander à la châtelaine l'autorisation de capter provisoirement dans sa forêt à une cinquantaine de mètres au dessus de chez nous une petite source dont l'eau se perdait dans le sol aussitôt après en être sortie. Madame la baronne qui n'avait jamais eu connaissance de cette source, refusa catégoriquement le service demandé ! Le jardin se dessécha, les vaches deux fois par jour furent conduites à l'Adour pour étancher leur soif. La baronne par son refus perdit beaucoup de son prestige ! L'été traînait en longueur, pour passer le temps ,j'allais souvent à la pêche avec Eugène nous ramenions de l'Adour des chevesnes, des gardons, des tanches et surtout des sophies : nom local du hotu , poisson flasque très quelconque à manger. Avec mon épouse Gisèle nous nous rendîmes à Auch à l'inspection Académique pour faire le point sur notre situation administrative.
Le lendemain à peine eus-je le temps de prendre mon petit déjeuner qu'il me harponna pour aller vider avec lui la tinette fort lourde dans la tranchée.
Le seau était pesant mais l'effort physique était largement à ma portée, par contre au moment de le vider, les effluves dégagées furent insupportables pour le citadin que j'étais et mon petit déjeuner alla rejoindre la tranchée!
Par chance on s'habitue à tout et au fil des semaines j'arrivais à surmonter mon dégout pour ce genre d'opération!
Nous recevions assez régulièrement des nouvelles de mes parents et de mon beau-père restés à Sidi-Bel-Abbès. Ils préparaient leurs déménagements ainsi que le mien.
Mon père métreur en bâtiments avait repris un peu d'activité . Il avait été chargé par le consulat de France d'un travail particulier.
Il devait évaluer l'ampleur des dégâts provoqués par les incendies qui avaient détruits plusieurs établissements publics de la ville : plusieurs écoles , deux lycées, l'hôtel des finances. Il devait établir un devis estimatif des travaux de réhabilitation des bâtiments. Lorsqu'il se rendait sur les décombres, il était protégé par un garde armé du F.L.N. Avec mon beau-père, ils prirent des photos des bâtiments incendiés. Photos qui sont encore en ma possession.