Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
André Amadeuf : Rapatriement et Intégration page 03 / 11
Pour les WC ,un seau hygiénique dans chaque pièce permettait la nuit de parer au plus pressé. Une ancienne petite écurie était apposée au corps principal d'habitation. Dans un coin à l'intérieur d'une sorte de placard, une planche trouée sous laquelle trônait un seau énorme servait de réceptacle.
Dans un autre coin, un bac en ciment recevait l'essentiel de nos ablutions que nous puisions dans une bassine d'eau tiède à l'aide d'une casserole.
Quelques jours après mon arrivée je vis Eugène (grand-père de mon épouse) faire une tranchée profonde d'une vingtaine de centimètres sur plusieurs mètres de longueur dans le jardin potager qui était splendide et regorgeait de légumes appétissants.
Comme j'insistais pour savoir à quel usage il réservait la tranchée, il me fit alors une déclaration solennelle. Avant de me la transmettre, il me précisa qu'il avait été militaire dans la cavalerie, qu'à son époque la plupart des officiers étaient des nobles, que c'était une engeance qu'il n'aimait pas et que par dérision il singeait la particule du nom des dits nobles.
Voici ce qu'il me dit : <<-André de... corvée, de... chiottes ,de...main matin, de...bonne heure!!!>>
Il insistait particulièrement sur les deeeee avant d'arriver au mot mis en évidence !
Le fiancé voulut se saisir de la manivelle pour ralentir la chute, mal lui en prit, il eut le nez raboté par la poignée en fer massif et évita de justesse la fracture du crâne à quelques centimètres près !
Grâce à un fort grappin ,nous arrivâmes tous deux à récupérer tous les gros morceaux de l'ensemble qui furent confiés à un charpentier afin qu'il le reconstruise à l'identique, il modifia cependant le tambour en lui ajoutant un cliquet de sécurité.
Nous en fûmes quitte pour tirer l'eau du puits pendant plus d'un mois directement à la main avec le seau et une corde!
Comme il fallait du liquide pour boire, faire la toilette, laver les sols, tremper le linge dans une eau savonneuse, j 'étais passablement occupé. Le linge une fois trempé devait être transporté au bord de l'Adour pour finir le lavage et le rinçage sur un petit emplacement qui servait de lavoir et qui avait été anciennement confectionné par les habitants des environs.
Arrivé avec notre voiture, je fus d'une aide précieuse pour les lavandières de la maisonnée, je pouvais transporter le linge jusqu'à la rivière leur évitant ainsi un parcours aller retour de près de trois kilomètres soit en poussant une brouette lourdement chargée, soit en transportant une petite lessiveuse posée en équilibre instable sur le porte bagage d'un vélo!