Il ne faudrait pas oublier cependant, sur la rue du stade, à quelques dizaines de mètres de la rue du Soleil, Mr Zebentout dont l’épicerie était une véritable caverne d’Ali Baba où on allait souvent chercher ce qu’on ne trouvait nulle part ailleurs et rue Borysthène, l’épicerie Ruiz, mes beaux-parents ainsi que le Khanout de Chaïb & Aïcha.
Route des Amarnas - c’était aussi le quartier - il y avait encore le très aimable Mr Ksas, dit Edmond, et tout contre lui, Mme Moutout. Ces deux commerçants parlaient parfaitement l’espagnol, l’arabe et bien sûr le français.
Avant de conclure, je voudrais mentionner ici, la boulangerie de Alejandro Gil, en face de chez « François » et celle de Mr Alvarez, route des Amarnas, qui fonctionnèrent jusqu’en 62. Je n’oublie pas le four banal de Mr Ferrer , Pépé pour nous, qui ne faisait pas de pain et vivait uniquement du travail de cuisson des plats que nous lui apportions: gratins, viandes etc. La clientèle Algérienne, avec leur galette à pain, la Kesra, était assez importante.
Côté boucherie, Mr Benayoun, que tout le monde appelait Mr Jacques, se trouvait en face de chez Mr Lévrero, et tout contre la Casbah, sur la gauche également, Mr Kouider et son jeune employé « Moustache ».
Pas de charcutier, « tocinero », chez nous. Mais toutes les épiceries tenues par les « hispaniques » vendaient cependant de la charcuterie
ramenée du marché de la ville, « La plaza ». Ils revendaient donc « morcillas, longaniza, pâté, salchichón, jamón ». On peut se demander comment tous ces commerçants parvenaient à s’en sortir.
D’autant plus qu’ils avaient à faire, je le rappelle, à des gens en majorité modestes, voire très modestes, qui achetaient souvent à crédit avec la « libreta », le carnet , et payaient en fin de mois, ou à la quinzaine.. Des clients qu’ils devaient parfois aider et ménager, sous peine de les voir partir chez le concurrent d’en face. Il n’en manquait pas. Un véritable dilemme pour eux. Ma mère me disait même que certains ne remboursaient leurs dettes qu’à chaque fin de trimestre….lorsqu’ils percevaient les allocations familiales.
Nombre de ces petits commerces, qui ne surent pas évoluer et restèrent fidèles aux pois chiches mis à tremper dans un bocal, aux quelques bouquets garnis de légumes disposés sur le comptoir, avec l’éternelle boîte ronde de sardines fumées disposées en éventail, la citrouille rouge entamée que l’on débitait au fur et à mesure, les quelques pots ventrus en verre contenant bonbons et chewing gum traditionnels, les quelques denrées disposées sur des étagères clairsemées aux côtés du savon, de « l’estropajo », des bouteilles de javel, « botellas de lejía ». . etc vivotaient et travaillaient pour bien peu de chose.Parmi ceux-là, les plus Anciens bien sûr. Tournez la page