Ayant des difficultés à se déplacer, Mr Diaz était toujours assis sur sa petite chaise basse espagnole, devant l'épicerie. Lorsqu'un éventuel client se présentait, il appelait à grands cris son épouse, occupée dans l'arrière boutique, ou peut-être dans le patio. Il s'impatientait tout de suite et, dodelinant de la tête, il ne cessait de jurer : Qué mujer !"Me cago en Dios! Me cago en Dios!"
Il était tellement coutumier du fait que les Algériens disaient souvent : "N'imchi and me cago en Dios!", je vais chez « Me cago en Dios »! Amusant comme identification, n’est-ce pas ?
En marchant toujours vers l'ouest, à droite, à 80m de là, c'était le khanout de Mr Mimoun. Sa clientèle venait surtout de la "Casbah" située juste en face ; un grand pâté de maisons réparties en plusieurs patios communiquant entre eux, où vivaient en communauté, dans la promiscuité, des Algériens, des Européens hispanophones de condition très modeste.
Je me souviens qu’une année, agacé de voir la liste des « mauvais payeurs » s’allonger de façon inquiétante - presque tous achetaient à crédit- Mr Mimoun eut l’idée d’installer devant sa porte un tableau sur lequel figuraient les noms de tous les redevables et le montant des sommes dues. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Elle fit sensation.
On ne parlait en ironisant que de cela. Ce fut une idée géniale pour lui ! En moins de 48 h, tous les noms furent effacés et les dettes épongées. L’honneur des familles étaient sauf….mais….. parfois à quel prix ?
En face, 20m plus loin, à gauche, nous avions l’épicerie- boulangerie des Lopez. C’était chez Sebastián « el ciego », l’aveugle. Il avait perdu la vue assez jeune, mais il continuait de mener son commerce de main de maître, aidé de son épouse et de ses enfants. Il parvenait même à peser les marchandises : il connaissait les poids, au toucher. Il les plaçait sur un plateau de la balance et il mettait sa main sous le plateau à peser. Je ne l’ai pas connu, j’étais bien trop jeune.
A sa mort, l’établissement ferma peu après et son fils Luis Lopez, le grand-père maternel de Ramonico, installa son épicerie juste en face, à l’angle de la Calle del Sol et de l’entrée de la « Casbah ». C’était « En ca Luis », Chez Luis ! Puis après sa mort, sa veuve Rosa prit le relais. On allait alors « En ca Rosa ».
Ce n’est pas fini ! Pratiquement en vis à vis, sur la droite donc, nous trouvions encore la petite épicerie de Eusebio Rodriguez. Pour nous, « Eusebio » tout court ! Sa femme, «La tía Angela » prit la suite, une fois veuve.
Nous arrivions alors à quelques mètres de la route des Amarnas…..et c’en était enfin fini avec les épiceries de la Rue du Soleil. Tournez la page