Dans cette Rue du Soleil, on trouvait un nombre très important de petites épiceries, des "tiendas" ou « khanouts » selon la langue utilisée, tenues par quelques Algériens, des juifs et surtout des gens d'origine espagnole qui, après avoir travaillé très durement durant deux ou trois décennies, à travers les routes des environs, comme transporteurs ou défricheurs, "posaient un peu leurs valises" et, avec les petites économies chèrement réunies, ouvraient leur petit commerce.
Depuis la rue Mozart, celle du collège Leclerc, jusqu'à la route des Amarnas, perpendiculaire à l’ouest, il y avait, dans cette célèbre rue, pas moins d'une bonne dizaine de ces petites épiceries, sur une distance de 300 mètres environ. Impressionnant, n'est-ce pas ? En avançant d'Est en Ouest, on trouvait sur la gauche, l'épicerie de Mr Garcia, surnommé "el olivero", marchand d’olives. En effet, il faisait également des affaires avec le commerce des olives et, disait-on, savait mieux que personne évaluer le prix d'une récolte d'olives sur pied.
Un peu plus loin, sur la droite, Mr Kinani, d'origine marocaine, avait aussi pignon sur rue. Il était réputé pour son sens du commerce. Il gagnait bien sa vie. Pratiquement en face, sur la gauche, c'était encore une famille Garcia où "la tía Rafaela" et son fils Ange, "Angel", tenaient boutique.
En face de la rue du stade, à l'angle de la rue de l'Yser, nous avions Mme Sabatier qui faisait partie du patio Rodriguez où habitait la célèbre "Ginoveva". Dans les années 50, Mme Sabatier céda la place à une autre épicière dont j'ai oublié le nom. Elle n'était pas native du faubourg. Une vingtaine de mètres plus loin, à gauche, apparaissait l'épicerie Parra. Je me souviens bien du fils Toinou avec son léger strabisme, et surtout de son chien, "Cartouche", qui traînait toujours dans la rue; chien de chasse bien sûr, avec un nom pareil!
Une centaine de mètres plus avant, sur la gauche, les Mendez, mes grands-parents maternels, tinrent leur épicerie-boulangerie jusqu'en 43. Elle était connue comme étant celle du "tío Frasco Mendez » .Occupèrent ensuite leur place Khacem, d'origine marocaine, et plus tard, le fils de Mr Zebentout. Presque en face, les Diaz avaient aussi leur "tienda", épicerie. L'époux étant quelque peu handicapé, pour tout le monde c'était donc "el baldao", l’estropié. Et comme on se marie pour le meilleur et pour le pire, son épouse fut surnommée"La tía María la baldá". C'était d’ailleurs une cousine germaine de ma grand-mère paternelle (toutes deux nées Guirado). A ce sujet, une anecdote qui m'amusait beaucoup et que ma mère aimait rappeler. Tournez la page