Souvenirs deSidi Bel Abbès
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C’était le cas des Rodriguez, François (1934) et Jean (1938) ; pour nous ce fut toujours Paco et Juanico.
Dans la rue, on reconnaissait les adultes à leur accent andalou beaucoup plus prononcé que celui de nos grands parents, Andalous aussi mais arrivés un demi-siècle plus tôt.
Dans le faubourg, certains, pourtant d’origine hispanique eux-mêmes, les appelaient «Les Espagnols ! ». Curieux non ? Il est vrai qu’à une certaine époque, il valait mieux être Français et, si possible, de longue date. Quelques uns aimaient donc faire la distinction et bien se démarquer. Mais c’était une insignifiante minorité.
Ma sœur aînée, Dieu ait son âme, me racontait que lorsqu ‘elle était gamine, fin des années 30, les laitières passaient dans la rue avec une ou deux chèvres. Les éventuels clients sortaient alors devant la porte des patios, présentant qui une casserole, qui un pot au lait et la chevrière tirait le lait directement des mamelles de l’animal. Le prix était différent selon qu’on le voulait avec ou sans écume.
Je me souviens surtout de l’un de ces éleveurs, Diego, homme de haute stature, d’une vingtaine d’années. Je le revois encore, très digne, la canne à la main, progressant à longues enjambées, passant sous mes fenêtres, menant un petit troupeau d’une trentaine de têtes.
Son parcours n’était pas bien long, deux cent cinquante mètres environ. Il descendait la rue Borysthène, bifurquait à droite sur la rue Cavaignac, coupait perpendiculairement la rue du stade Paul André, pour accéder à une impasse fermée par un mur haut de 3 mètres. Celui-ci présentait toujours cependant une ouverture assez conséquente qui permettait à tout notre petit monde de déboucher sur les vignes de Mr Colman.
D’octobre à Mars, les bêtes à cornes étaient en effet autorisées à désherber les rangs de vignes envahis de ravenelles, pissenlits, et autres laiterons.
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Manuel Rodriguez : les chevriers du faubourg Négrier 2/5