AVEC LES KEPIS BLANCS
RUE DE LA JOIE A BEL-ABBES
(rue verte) 04/10 par Marcel Carrière
Reportage photo, Paul Buisson, Extrait de la revue Détective
L'homme se lève, et ils disparaissent par une petite porte du fond de l slle. L'accordéoniste continue sa chanson :
...quand les filles sont belles
Du côté de Nogent...
Les képis blancs, au rythme lent de la valse, tournent aux bras de Lili, des Lulu, des Aïcha, des Nénette, des Jackie. Il ya un départ, le lendemain, pour l'Indochine; Pour cent dix francs, ils auront droit, avant le grand saut dans l'inconnu, à leur part de rêve. L'aventure qu'ils sont venue chercher à la Légion s'est, aujourd'hui, incarnée dans une femme. C'est peut-être pour une femme qu'ils ont tout quitté : c'est vers une femme qu'ils se tournent avant de tout quitter, une nouvelle et peut-être une dernière fois.
Dans les rues étroites, aux ombres tièdes, la patrouille avance lentement. Son chef porte à son bras gauche le brassard aux larges lettres : P.M. (Police Militaire). Les hommes portent les épaulettes rouges. A leur passage, les femmes qui, sur le seuil des portes, étaient venues prendre l'air, rentrent en courant dans les maisons. Les P.M. ne badinent pas avec le réglement.
Le quartier réservé de Bel-Abbès déploie ses maisons blanches, loin du centre de la ville. Le linge de ses habitantes sèche sur des cordes, dans la pénombre bleue des patios.
Policier militaire et filles devant un établissement
Pendant les heures lourdes du repos, ces dames bavardent en reprisant leur linge. Des chats aux flancs maigres dorment dans le creux de leurs robes aux vives couleurs. Elles parlent de leurs clients. Elles se montrent des photos, visages pâles ou sombres, jeunes ou vieux, tristes ou rieurs, mais tous semblables par le regard fixe, comme perdu, de ceux qui ne veulent plus avoir de passé.
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