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Adieu à Bel Abbès 05/13 par Georges Blond
(extrait du n° special d'Historia consacré au 150ème anniversaire de la Légion étrangère)
-Un légionnaire va vous accompagner.

Où que ce soit, vous ne pouvez pas parcourir seul deux mètres à l'intérieur d'un quartier de la Légion. Un légionnaire ou un gradé, selon votre qualité et selon les circonstances, marche auprès de vous. Il marche au pas de la Légion, vous devez vous mettre à ce pas, et vous commencez à cet instant à comprendre que vous pénétrez dans un monde à part.
Les autres corps de l'armée française défilent à la vitesse de 110 à 115 pas à la minute. Pour la légion, le tempo est de 80 à 85 pas.
La Légion étrangère est reconnue pour l'une des troupes les plus efficaces au monde. Au cours des opérations héliportées d'Algérie, ses sticks (=file des parachutistes sortant d'un avion par la même porte) opéraient à une vitesse exceptionnelle. Mais hors des opérations ou des exercices, on revient au pas légionnaire.
Fondée en 1831, la Légion attira une foule disparâtre hautement colorée, survivants des armées napoléoniennes, homme des corps polonais, allemands, suédois, hongrois, ex-"soldats libres du Nord" levés par le Directoire, et ces hommes-là avaient dans les jambes, outre des milliers de kilomètres parcourus sur toutes les routes d'Europe, le rythme des pas militaires de l'Ancien Régime, or en ce temps-là les troupes défilaient lentement sur des musiques solennelles.
La Légion garde ce pas à la fois par un culte fanatique de la tradition et comme une discipline, on dirait presque comme une attitude philosophique.
Entretien de la voie sacrée
Le légionnaire qui marche à votre côté ne traîne pas du tout les pieds, il marche vraiment, et cette lenteur calculée à laquelle vous devez vous accorder vous déconcerte, vous transporte dans un monde où le temps n'est plus votre tyran, mais vous appartient. Bien entendu, toutes ces pensées ne vous viennent à l'esprit qu'après coup.Moins de deux cents mètres séparent la grille du bureau où vous attend l'officier, et cependant il s'agit d'un voyage, non seulement à cause du pas légionnaire. L'homme qui vous accompagne, ou plutôt auprès de qui vous allez très docilement de temps en temps vous entraîne dans un leger détour. La cour est vaste et mais vous constatez que des traits sont tracés à la peinture sur le sol, délimitant des espaces. Même à vous, arrivant ici pour la première fois, ignorant tout de la légion, l'idée ne viendrait pas de marcher sur la "voie sacrée", bordée de fleurs, reconnaissable au premier abord, qui conduit du portail au monument aux morts
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