Accueil / Index thématique / page précédente / page suivante
Il se faisait en effet l’avocat de « l’union entre les races , ces races qu'il ne convient vraiment pas de hiérarchiser en races supérieures ou inférieures, mais de regarder comme “différentes” en apprenant à s'adapter à ce qui les différencie ». En même temps, jamais cette ouverture d’esprit et cet élan vers les autres ne l’ont conduit à abdiquer la fierté de sa naissance : « Je revendique dans ma sympathie pour l’Islam de n’avoir jamais abdiqué rien de nos origines, de notre intellectualité, de nos traditions de Français. » Bref si un homme incarne le génie et la générosité de l’empire français, à qui la repentance fait gravement injure, c’est bien le Maréchal Lyautey. A sa mort en 1934, à seulement six années du désastre de 1940, à l’heure où Hitler avait déjà dissous le Reichstag et brisé les SA lors de « la nuit des longs couteaux », l’épitaphe qu’il avait lui-même rédigée, résonnait comme une profession de foi et un écho du génie culturel et humaniste de la France, en contraste total avec l’intolérance de la barbarie nazie : « Ici repose Louis Hubert Gonzalve Lyautey, qui fut le premier Résident Général de France au Maroc. 1912 – 1925. Décédé dans la religion catholique, dont il reçut en pleine foi les derniers sacrements, profondément respectueux des traditions ancestrales et de la religion musulmane, gardée et pratiquée par les habitants du Maghreb, auprès desquels il a voulu reposer en cette terre qu’il a tant aimée. Dieu ait son âme dans sa paix éternelle ».
tournez la page
François Torrès Général (2s) ,
LIBRE OPINION mai 2015 : page 2/3
Par pitié, cessez de fustiger la France.
Ecritures de pieds noirs
Pourquoi à, propos de la colonisation française, n’évoque t-on jamais l’âme de Lyautey, créateur du Maroc moderne, dont l’action s’est résolument inscrite contre l’utopie assimilatrice des champions de la supériorité française sur les « indigènes » qui, comme Jules Ferry, ne voyaient pas d’autre issue à nos conquêtes que l’annexion territoriale et le nivellement culturel. C’est un étrange retournement de pensée que les héritiers politiques des adeptes de l’assimilation de peuples allogènes à notre culture soient aujourd’hui les propagateurs de la repentance coloniale Lyautey était animé par des sentiments exactement inverses de ceux qui prônaient la supériorité occidentale. Tendue par la curiosité et le respect des autres, qui s’exprima aussi par le calcul prudent appliqué à toute action militaire dont l’objectif devait être le ralliement des rebelles et non pas leur anéantissement, son action fut aussi marquée par de fulgurantes intuitions comme celle qui, 80 ans avant le drame algérien, mettait le doigt sur le danger du projet d’assimilation qu’il jugeait impossible et qui fut la matrice des tragédies. En substance il fustigeait l’aberration qui consistait à vouloir « naturaliser tout un peuple et sa culture »
Sa vision de l’Empire, qu’il avait affinée sous les ordres de Gallieni au Tonkin et à Madagascar, prenait à contre-pied les utopies assimilatrices de son époque, prônées par Jules Ferry ou Rudyard Kipling.