François Torrès Général (2s) ,
LIBRE OPINION mai 2015 : page 2/3
Par pitié, cessez de fustiger la France.
Pourquoi à, propos de la colonisation française, n’évoque t-on jamais l’âme de Lyautey, créateur du Maroc moderne, dont l’action s’est résolument inscrite contre l’utopie assimilatrice des champions de la supériorité française sur les « indigènes » qui, comme Jules Ferry, ne voyaient pas d’autre issue à nos conquêtes que l’annexion territoriale et le nivellement culturel. C’est un étrange retournement de pensée que les héritiers politiques des adeptes de l’assimilation de peuples allogènes à notre culture soient aujourd’hui les propagateurs de la repentance coloniale Lyautey était animé par des sentiments exactement inverses de ceux qui prônaient la supériorité occidentale. Tendue par la curiosité et le respect des autres, qui s’exprima aussi par le calcul prudent appliqué à toute action militaire dont l’objectif devait être le ralliement des rebelles et non pas leur anéantissement, son action fut aussi marquée par de fulgurantes intuitions comme celle qui, 80 ans avant le drame algérien, mettait le doigt sur le danger du projet d’assimilation qu’il jugeait impossible et qui fut la matrice des tragédies. En substance il fustigeait l’aberration qui consistait à vouloir « naturaliser tout un peuple et sa culture »
Sa vision de l’Empire, qu’il avait affinée sous les ordres de Gallieni au Tonkin et à Madagascar, prenait à contre-pied les utopies assimilatrices de son époque, prônées par Jules Ferry ou Rudyard Kipling.