Bien des recettes éprouvées dispensent de l’onéreuse visite du médecin. A l’entrée de l’hiver la grand-mère ne manquera pas de me préparer une décoction de boules de cyprès que nous irons cueillir au cimetière. Je l’avalerai avec une certaine appréhension sachant quel remède suivra si les vertus préventives du sirop de cyprès se révélaient insuffisantes : il me faudrait alors ingurgiter deux ou trois sucres imbibés de pétrole, suprême médication pour barrer la route aux toux et désagréments de la mauvaise saison. Je confectionne un cratère dans la purée onctueuse ; il recueillera le jus du poulet rôti, doré et croustillant à souhait. Le rite consiste à enfermer le suc convoité dans sa gangue de purée et retarder ainsi l’instant divin où la cuillerée fondra sur des papilles exacerbées. La vie du poulet en question est évoquée dans la bonne humeur générale. « Vous savez que la grand-mère lui a une fois sauvé la vie à ce poulet ! » s’exclame Cécile à la cantonade.Et de raconter que le volatile dans sa jeunesse avait été pris en grippe par ses congénères. Ils
s’entendirent, semble-t-il, pour l’enlever à l’affection de sa maîtresse en lui portant force coups de bec sur
La fraîche rosée de la pastèque humecte encore toutes les lèvres d’une saveur douceâtre. « Allez, Pierrot, canta esa cancion des Feuilles mortes ! » Pierrot adresse un coup d’œil complice à Cécile, sa jeune épouse : leurs voix tendres alternent alors, se mêlent, se séparent, cherchent un accord parfait souvent atteint. Les regards se mouillent ; les applaudissements nourris trahissent le bonheur de chacun d’être ensemble…