Mon succès à l’examen de sixième signifia un élargissement de mon champ d’action, l’explosion de mon territoire coutumier et aussi l’éloignement des fictions de la petite enfance. Car l’heure ne serait plus aux courses avec les cousins ; les expéditions au Ruisseau Salé pour la capture de têtards et petits poissons à mettre en bocal ne seraient plus de mise, pas plus que la cueillette des feuilles de mûrier dont mes vers à soie étaient friands. Je n’aurais plus le loisir de surveiller leur maturation dans leur boite à chaussures, l’apparition des fils qu’un savant tissage transformait en cocon de tous les mystères et la prodigieuse conversion de la chenille en blanc papillon velouté aux antennes interrogatrices.
Jusque là, je passais le plus clair de mon temps, en dehors des obligations scolaires, à « m’amuser. » Les jeux étaient multiples, souvent couplés aux saisons. Le printemps était particulièrement apprécié ; avec Pâques revenait le vent indispensable à l’envol des cerfs-volants.
Deux semaines auparavant les gamins entraient en effervescence. Les plus jeunes commençaient leur apprentissage par la confection des « carapoutchétés.»