Ecritures de Sidi-bel-Abbès
Claude Jacquemay : la roja (la rousse) 2/3
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Prévenu par des fuyards Pinot récupère précipitamment sa femme et sa fille et s'enfuit avec sa voiture à cheval en direction d'Aïn-El-Hadjar à une vingtaine de kilomètres dans l'intention de mettre sa famille à l'abri dans une agglomération mieux protégée. Après une course folle, à mi-distance de son objectif il se rend compte qu'un groupe de cavaliers armés de fusils le poursuit de loin et risque de bientôt le rattraper. Profitant d'une courbe du chemin qui le place hors de vue des poursuivants, il cache sa femme et sa fille sous un pont de bois enjambant un petit oued et leur demande de ne pas bouger et se faire découvrir. Après les avoir dissimulées sous un amas de broussailles, il prend un peu de distance, se fait ostensiblement voir par ceux qui le suivent de loin et repart au grand galop.
Le lendemain matin les renforts de troupes arrivant sur les lieux découvrent la petite fille tremblante tandis que sa malheureuse mère gît auprès d'elle décédée probablement d'une crise cardiaque provoquée par la terreur.
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Ici la Compagnie Algérienne employait toute une population de journaliers espagnols du sud de la péninsule pour cueillir sur 300 000 hectares l'alfa destiné entre autres surtout à l'exportation vers les industries européennes de papier. Ces ouvriers très résistants aux conditions climatiques avaient pour la plupart l'expérience des « atochales » d'Andalousie et fournissaient des rendements très supérieurs à ceux que les rares candidats indigènes n'avaient jamais pu atteindre.
Le 11 juin 1881 les milliers de cavaliers de la tribu des Ouled-Sidi-Cheikh dirigés par Bouamama surprennent et encerclent les chantiers où travaillent des milliers d'ouvriers pacifiques et désarmés qui ne peuvent se défendre, tandis que les casernements de l'armée régulière se trouvent à plusieurs heures de marche de ces lieux. A dix contre un, ils massacrent au sabre ou avec des armes à feu les pauvres alfatiers. Au cours de leur avancée les djihadistes transpercent égorgent ou décapitent les civils qu'ils rencontrent.