Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
Georges Huber : Tomas, Le commis de ferme 3/4
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Par son attitude réservée et polie - il lui reste quelque chose des leçons du Padre Diego, sans doute -Tomas sait se faire accepter. De son côté Isabel semble apprécier sa compagnie ; il raconte si bien les histoires qui la font rire, surtout quand il parle en Valencien. Mais cela lui vaut aussi, parfois, quelques jalousies. Il se souvient bien de ce bal au Mamelon, un des faubourgs de Sidi bel Abbés où habitait alors la famille d’Isabel. Il a failli se faire étriper par les garçons du coin, qui voyait d’un mauvais œil cet « étranger » , essayer de fréquenter une fille du quartier. Ce soir-là, il a pu s’échapper en lançant une cape sur les quinquets qui éclairaient la salle de bal, la plongeant ainsi dans l’obscurité totale qu’il mit à profit pour échapper au massacre, tout cela par bravade ! Quelle cavalcade ! De retour du service militaire, Tomas épouse Isabel et trouve un emploi de commis agricole à la ferme Moduèche, dans les environs de Sidi-bel-Abbes, sur les contreforts du mont Tessala. Les « patrons » comme on disait à l’époque ont toujours été généreux et corrects avec lui. Tourner la page

Au début, Tomas n’ose pas la regarder, ou parfois seulement « de reojo », du coin de l’œil, mais il est très souvent volontaire pour plumer une volaille, ou remplir les bouteilles de vin tiré du tonneau, il peut rôder ainsi du côté des cuisines. ça lui permet d’approcher Isabel et lui faire un brin de conversation. La présence de Dolorès la cuisinière, amoureuse de son frère José, lui facilite la tâche.  Les Lambert sont très gentils avec Isabel et la considère un peu comme une fille de la maison. À cette époque, un jeune Espagnol sans argent qui fréquente une fille de colons Français, on le regarde de travers... Mais Isabel est espagnole !