Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
Georges Huber : Tomas, Le commis de ferme 2/4
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Assis au coin du feu, un bâton de réglisse coincé entre les dents, comme avant, Tomas se repasse les images de son retour. Toute cette foule qui les attendait sur le quai, les cris, les bras qui s’agitaient. Tous ces gens qui pleuraient, qui s’embrassaient, et puis le voyage en camion jusqu’à Sidi bel Abbés, les adieux aux compagnons d’armes, les cinq kilomètres de marche pour rejoindre le village de Détrie où Isabelle s’est installée avec les enfants chez ses parents, pendant la durée de la guerre. Cinq bornes blanches avec des chiffres noirs, plantées en bordure
de route pour égrener au fil des kilomètres, les souvenirs et les rêves d’avenir. Onze années passées à la ferme Lambert, où son frère Joseph  de huit ans son aîné etait déjà employé. Joseph prend le jeune Tomas avec lui et l’initie au métier.  Au début le petit frère est chargé de s’occuper des attelages et de guider le cheval qui tire la charrue à laquelle s’arc boute l’aîné Une vie difficile pour un enfant de dix ans, mais jusqu’au départ à l’armée c’est là qu’il passe les plus belles années de sa vie, et là qu’il a le bonheur de rencontrer Isabel. Elle n’a que seize ans, à l’époque, c’est déjà presque une femme, belle, grande, mince, avec de longs cheveux blonds, deux grosses tresses ; et surtout un regard bleu, et doux comme celui de la Vierge sur les images que le cousin Diego garde dans son bréviaire de franciscain. Isabel a été placée là, par son père, José Barancos, charbonnier dans la forêt de Boukhanéfis qui a pris l’habitude de faire boire son âne à la ferme Lambert sur le chemin de retour, et s’est lié d’amitié avec les propriétaires. Tournez la page