Dans la cour, les jeux de ballons étaient interdits, notre mère y cultivait une multitude de plantes en pleine terre ou en pots : arums, iris, pensées, soucis, zinnias, geraniums, volubilis, pelargoniums, plantes grasses, rosiers ...en France, on lui aurait certainement dit qu' elle avait "la main verte" notre grand-mère avec son accent espagnol répétait "tou es oune pistonnée dou bon dieu". Au niveau de la porte-fenêtre de la cuisine, une armature métallique maintenait une treille à 3 mètres de hauteur. Nos parents surveillaient avec amour la croissance de la vigne. Chaque grappe était protégée des insectes par un sac spécial en papier aéré. Le raisin que nous appelions entre nous "huevos de toros" ("couilles" de toros) tombait en grappes lourdes qui pesaient parfois plusieurs kilos. Une fois cueillies, elles étaient conservées verticalement à l'intérieur de la maison pour être dégustées jusqu'à Noël. A l'extrémité de la cour dans un massif circulaire,
un citronnier récalcitrant tentait de pousser, son premier fruit est apparu juste avant l'exode, personne ne sait si l'agrume est arrivé à matûrité. Depuis la cour, on accédait à la terrasse par un escalier à angle droit. Etendoir ou mini-stade de foot le jour, elle servait parfois de refuge nocturne à quelque légionnaire aviné. De la terrasse, on plongeait sur le jardinet étroit qui agrémentait la façade. Les rosiers grimpants exhalaient leurs parfums. Au coeur d'une plate-bande rectangulaire, un oranger fructifiait. Aujourd'hui, Les fleurs multicolores sont mortes. Le puits est peut-être à sec. Ce n'était qu'un jardin dans la maison de notre mère, une broutille face aux caprices de l'histoire. En 62, pourquoi pas ? une de ses nombreuses anciennes élèves aurait pu reprendre le flambeau. Ce ne fut pas le cas, un palmier a tout envahi. Notre mère l'aurait sans doute apprécié. Née en Algérie, elle connaissait très bien la recette naturelle et magique du palmier : pieds dans l'eau, tête au soleil, tu laisses faire !