Henri Lavina
La maison de notre mère

Elle était bâtie sur un ancien terrain horticole. L'entreprise De Miras et Basquès l'avait construite suivant les plans dessinés par notre père. Il l'avait surtout pensée pour son épouse. Elle y était à l'aise et l'aimait trop pour ne pas la critiquer. La maison flottante, c'est ainsi qu'elle l'avait baptisée.

La nappe phréatique affleurant dans l'ouverture du puits l'inquiétait.Ce n'était pas un puits métropolitain à margelle comme ceux représentés sur nos livres d'enfants. mais simplement un trou maçonné, une dalle de ciment le recouvrait. On la faisait glisser quand on en avait besoin, le plus souvent en été. Ce puits s'ouvrait dans une cour cimentée longeant la façade arrière du bâtiment. De hauts murs, à la mode arabe, selon l'expression maternelle, la mettaient à l'abri des regards indiscrets. Un portail donnait sur la ruelle du canal rebaptisée avenue de la cagaruta. Il avait été doublé pour supprimer le renfoncement résultant de l'épaisseur des murs. C'était le désir de notre mère. Evidemment, sans retrait, tout positionnement intime devenait visible des autres rues. Hélas celà n'empêchait pas les souvenirs quotidiens des borrachos, ceux bimensuels de quelques spectateurs du stade Paul André ou occasionnelement ceux des troupeaux de moutons, berger compris. Notre "mère microbe" avait du pain sur la planche.
Ci-contre, montage de photos et dessin d'époque
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