En route en 1CV pour un petit bol d'air frais et apaisant à la ferme. Le grand portail a tourné sur ses gonds ; il est reparti, il fait froid ; dans la rue une carriole passe, les fers du cheval martèlent la route mouillée et les larges flaques d’eau, floc floc floc ! Il a reconnu le conducteur revêtu d’un vieux burnous, il court pour rattraper l’attelage. Il a longtemps cru qu’être arabe c’était, comme cet homme, parler arabe ; parler aussi espagnol et français ; porter une djellaba, des saraouels et un chèche torsadé : mais non, celui-là, c’est son tonton Domingo, celui qui travaille dans les champs, à la ferme.Ce doit être l’hiver, c’est toujours l’hiver quand il pleut ; tonton Domingo a pris une couverture sous son siège, et me voilà chaudement emmitouflé, pressé contre lui, le tissu de la couverture est rêche, pique mes jambes nues, sent fort l’attelage. Ça brinquebale dans tous les sens, les pièces de la charrette gémissent sous les efforts du cheval. Ornière après ornière notre course s’est ralentie ; aux claquements réguliers de langue sur le palais succèdent les commandements irrités : la terre a remplacé l’asphalte. Les longues rênes fouettent croupe et échine, la bête qui caracolait fièrement la tête dressée il y a peu,