Ecritures de Sidi-bel-Abbès
Francis Rodriguez : le maréchal-ferrant 2/2
Le bouquet de Saint Éloi , enseigne de la profession , était fixé au dessus du nom du propriétaire . Pour nous , enfants , c’était un émerveillement de voir un beau cheval et nous restions là à contempler le travail du maître de forge qui s’appelait Jean-Baptiste Guidou .
Il avait un tablier de cuir qu’il nouait à la ceinture et portait la casquette , aidé de son compagnon il maintenait la jambe de la bête avec une grande dextérité ; après avoir retiré les pointes avec une longue tenaille , il arrachait l’ancien fer et limait ensuite la corne, les gestes étaient calculés et précis, cela captivait mon attention
Le maréchal-ferrant allait et venait de son atelier au cheval afin de placer son fer d’une façon parfaite sous le sabot de l’équidé . J’aimais bien sentir cette odeur de corne brûlée mêlée à la fumée de charbon qui se dégageait du foyer de la forge . Monsieur Guidou acceptait notre présence à bonne distance et nous avait dit `` les enfants vous pouvez regarder mais surtout ne chahutez pas `` , car il ne fallait pas effrayer le cheval . J’étais fasciné de le voir marteler son fer incandescent sur l’enclume avec sa masse libérant quelques étincelles , ses bras étaient musclés , pour nous c’était un colosse .
Lorsqu’il avait terminé son travail, son client le payait, il regardait toujours partir le cheval afin de vérifier que tout était parfait, la bête était bien ferrée . Quel beau métier ! empreint d’une grande noblesse .
J’appris plus tard que Monsieur Guidou , comme de nombreux belabbésiens, avait eu la douleur de perdre son frère Émile, mort pour la France à la guerre de 14-18 .
Notre leçon de chose était terminée, place au divertissement, nous traversions l’avenue Théodore Héritier pour entrer dans le jardin public et nous diriger vers le jardin d’enfants et la piscine où nous allions exercer nos talents !
