Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
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Je me revois chaque année à la rentrée des classes. En ce matin d‘octobre, avec mon tablier noir d’écolier, mes chaussures bien cirées, le béret posé sur la tête et le cartable à la main, j‘étais prêt à déjouer les pièges de l‘orthographe et de l‘arithmétique. Nous étions tous très heureux, européens et musulmans, de nous retrouver dans la cour de l’école Voltaire et de refaire le monde en rêvant à nos héros, Tarzan, Zorro et Pécos Bill .La mort tragique du champion de boxe Marcel Cerdan en 1949, l’enfant du pays, fut  pour nous un immense chagrin .
Francis Rodriguez : un enfant de Bel-Abbès 3/4
Puis ce fut l’entrée au Collège, l’EPS , comme certains l’appelaient encore en octobre 1952 . Les alexandrins de nos auteurs classiques et les théorèmes de géométrie plane se succédaient chaque année au milieu de nos activités sportives. Lorsque nous avions une heure de libre entre nos cours nous nous précipitions en face voir les filles du collège faire leur gymnastique ; nous restions là, à contempler ces belles adolescentes sauter en hauteur  … «  ah ! le beau coup de ciseaux! » s’écriait l’un de nous et tout le groupe s’esclaffait...A la maison, nous avions souvent des chiens qui partageaient notre vie car mon père était chasseur. Il parcourait les forêts de la région, de Berthelot à Zégla en passant par Bedeau, Bossuet, Le Telagh et Ténira, des noms qui résonnent dans ma tête comme une musique douce et font vibrer mon cœur. L’expérience de mon père était une sorte d’atlas complet de la région, cultures , cours d’eau, sentiers , clairières , roches et fontaines lui étaient familiers. Sa mémoire était claire comme ces soirées de printemps où l’on voyait se détacher, au loin, le mont  du Tessalah.