Claire Ecsedy : Geneviève
extrait de son livre : la fille du légionnaire
Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
Ses parents l’y attendaient pour rentrer chez eux, en voiture. Ce jour-là, elle m’avoua en pleurant que ses parents avaient décidé de l’envoyer en métropole, chez une tante et que le départ était fixé au surlendemain. J’essayai de lui montrer le bon côté de son éloignement, mais le cœur n’y était pas.
Lorsqu’elle monta dans la voiture, elle me fit un petit signe de la main auquel je répondis par un sourire encourageant. Je ne me doutais pas que je ne la reverrais plus jamais. Une heure plus tard, cette même voiture revint en trombe, klaxonnant en continu. Elle s’arrêta, devant le poste de la territoriale en faisant hurler ses freins.

Le père de Geneviève s’éjecta de sa peugeot en hurlant :
« Prévenez la légion.. vite..vite ! »
La mère descendit de la voiture, le visage blême et déformé par la douleur.
Pendant que les hommes couraient dans tous les sens et que les femmes l’entouraient, elle se mit à raconter ce qui s’était passé, en tremblant :
A quelques kilomètres de chez eux, ils avaient dû arrêter la voiture pour éviter un enfant arabe, étendu au milieu de la route. Pensant porter secours, le père était sorti de son véhicule pour aller au chevet de l’enfant. Elle-même s’apprêtait à descendre quand un groupe de fellahgas avait surgi, armes au poing.
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Les tensions se firent de plus en plus fortes , notamment après l’échec du putsch des généraux à Alger et la création de l’OAS, armée secrète.
Sur la place publique, des autels étaient érigés à la mémoire des martyrs, avec un tableau d’exposition de photos d’horreurs insoutenables. Des fleurs étaient déposées chaque matin et des bougies brûlaient nuit et jour.
L’époque des règlements de compte arriva avec sa cohorte de tares : jalousie, haine, aveuglement, injustice, cruauté. Parmi mes camarades, Geneviève était la fille de petits fermiers dont la propriété se trouvait à vingt kilomètres, à l’ouest de la ville. Chaque après-midi, en sortant du collège, nous rentrions ensemble au faubourg Thiers.