Robert Bounneau : Nos jeux d'écoliers dans la cour de récréation de l'école Voltaire avant 1955. 3/3
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Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
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Pour 3 pignols je faisais défiler le film en tournant les bâtons en improvisant des commentaires en fonction de l'inspiration du moment. Il faut préciser qu'à l'époque, les leçons d'histoire de France faites par les instituteurs des années 50 avaient le don de galvaniser notre patriotisme, en intéressant même les plus rétifs d'entre nous à la succession dramatique de victoires et de défaites de notre pays.
Aussi cette année là les splendides uniformes des soldats de Napoléon qui avait mis la « tléha » à l'Europe entière, m'ont permis de faire un bon chiffre d'affaires en monnaie-pignols. J'ai aussi le souvenir de tentatives de « tournois » mettant aux prises des « chevaliers » montés à califourchon sur des « chevaux », le but du jeu étant de se précipiter les uns contre les autres en poussant de grands cris, jusqu'à ce que tout le monde s'écroule.... et se retrouve au piquet jusqu'à la fin de la récréation, car ce genre de « reconstitution historique » était bien entendu rigoureusement interdit. |
C'est pourquoi ces tentatives de tournois avaient lieu surtout lorsque c'était une maîtresse qui était de service, car nous avions constaté que son temps de réaction était toujours un peu plus long de que celui d'un maître, qui à chaque fois déboulait sur nous, le sifflet à la bouche, à la vitesse d'un garde champêtre qui coince un braconnier, et qui en plus n'oubliait jamais de nous botter le derrière. Au moins avec une maîtresse, avant de finir au piquet, nous étions sûrs d'avoir quelques petites minutes pour nous défouler pour de bon et ce, sans dommage corporel cuisant!
A partir de 1956, l'école Voltaire s'est agrandie d'un étage et a ressemblé à un immeuble moderne quelconque. Plus de toiture en tuiles, plus de platanes; le nombre de classes s'est accru sensiblement et la cour de récréation est devenue très bruyante. Même si mon père y a fait la classe jusqu'en 1962, je n'y ai plus remis les pieds à partir de mon entrée en 6ème, car à la suite de ces travaux, j'ai eu l'impression que l'école de mon enfance avait bel et bien disparu. |