Ce dimanche là, veille de Pâques, nous devions rencontrer l'équipe de foot de ce patelin sans âme, pareil à tant d'autres du même acabit, concentration anarchique de maisons uniformes traversée par une route rectiligne qui semblait mener nulle part. Le stade, modeste espace grossièrement aplani et relégué à l'écart du village, était contigu au cimetière, lui-même clôturé d'une imposante muraille comme pour mieux séparer les morts des vivants.
C'est précisément le long de ce mur, seul endroit dans ce décor de western offrant une ombre salutaire, quoique précaire, que nous avions posé nos sacs dans l'attente du match de l'après-midi.
Défiant les règles de la discipline qui recommande instamment la frugalité avant toute compétition sportive, nous avions décidé ce jour-là, une fois n'est pas coutume, de profiter de cette sortie extra-muros pour célébrer, nous aussi,la fête de la "mona". Une tradition pascale que chacun se faisait un devoir de respecter et qui chaque année voyait notre ville se vider de ses habitants que l'on retrouvait regroupés en famille autour de plantureux festins champêtres.
Les enfants, ce jour-là, pouvaient se régaler de ces délicieuses brioches, les monas, que les mamans, avec savoir-faire et aussi beaucoup d'amour, se devaient absolument de réussir pour ne pas ternir leur réputation. Des monas qui par malheur auraient négligé de lever - il arrivait hélas parfois qu'elles fassent "tchouffa" - et c'était le prestige familial qui prenait un rude coup. Nous avions opté pour notre part, plus prosaïquement, pour une traditionnelle paella et, à cette fin, nous avions amené avec nous le matériel et les ingrédients qui nous paraissaient indispensables, du moins le croyions-nous. Une fois sur place, en effet, il avait fallu se rendre à l'évidence, il nous manquait l'essentiel : le combustible.
Melchiorico, notre cuistot attitré, avait jugé avec son optimisme coutumier que l'approvisionnement en bois à la campagne ne devait pas, à priori, poser de problème. Il ne pouvait imaginer, le pauvre, que dans ce paysage lunaire où nous avions planté notre bivouac, pas le moindre arbrisseau ne se profilait à l'horizon. Repérer le plus petit branchage relevait du miracle.On avait eu beau parcourir les alentours dans tous les sens, rien, pas même une brindille.