Souvenirs de Sidi Bel Abbes

Un défi inattendu que Manolo, sûr de lui, s'était empressé de relever. Convaincu de sa supériorité, il avait même accepté avec condescendance que son concurrent allât se poster, pour prendre le départ, à mi-course du trajet et donc hors de sa portée visuelle. La suite, on la devine.
Dès le premier tour du petit îlot, Ramonico, sans vergogne, s'en était allé rejoindre le groupe de supporteurs complices, poussant même l'imposture jusqu'à mêler sa propre voix au concert d'encouragements adressés à son malheureux rival, transformé à son insu en coureur solitaire à qui on laissait miroiter à chacun de ses passages et à grand renfort de hourras le rattrapage imminent de son adversaire qu'on prétendait à la dérive.

Antoine PAVIA : Manolo 2/2
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Et ce n'est que lorsqu'il l'avait senti au bord de l'écroulement, divaguant de fatigue, soufflant à perdre haleine et dégoulinant de toutes parts que Ramonico, feignant à son tour un essoufflement de circonstance, s'était décidé à "abandonner", laissant donc à son valeureux adversaire, allongé de tout son long sur la chaussée, le visage révulsé par l'effort, l'illusion d'une victoire certes peu probante mais, somme toute, amplement méritée eu égard aux souffrances endurées.
C'est ainsi que ce bon Manolo demeura plus que jamais persuadé qu'il était bien le plus fort du quartier. Que pouvait-on y faire ?

Il ne fallait voir là, en fait, qu'une simple affaire de charité chrétienne,
nada mas.