Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
Andrée Job-Querzola : Du nord au sud, page 1/4

Je lui ressemble. C’est ce qu’on dit autour de moi, c’est ce qu’on me dit depuis ma naissance… son père, tout craché !...Lui, je ne sais pas s’il a eu le temps de bien voir, en vitesse, quelques jours de permission au lieutenant pour son premier enfant, la guerre n’est pas encore terminée, allez allez, il faut repartir se battre en France, en Italie, en Tunisie, où encore ? Mon papa reviendra en Algérie à la fin de la guerre, j’ai deux ans, on fait enfin connaissance. A deux ans, ce n’est pas évident, dit mon psy. Entre temps il m’a envoyé une photo dédicacée, un portrait en uniforme, béret sur la tête,…c’est ton papa… un héros. Aujourd’hui encore, sur le mur de la chambre de ma mère, la photo nous regarde, il est jeune, bien plus jeune qu’elle, bien plus jeune que moi.
C’est quand même flou, les premiers souvenirs, je cherche, je veux lui faire plaisir, à ce psy, le voir enfin sourire sous ses masques, les lunettes, la moustache. Je cherche. La photo, la première, mon père, ce héros. Son visage se confond avec celui d’Alan Ladd, un blondinet qui joue les durs, dur mais juste, dans bon nombre de

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westerns qui enchantent mon enfance, mes premiers films au cinéma de la Légion, Sidi Bel Abbès… C’est qui, ton artiste préféré ?... Alan Ladd !... C’est mieux comme ça. Et jusqu’à quatorze ans au moins, jusqu’à l’arrivée de James Dean, le cyclone.
Ma mère raconte l’arrivée de cet officier affecté à la Légion Etrangère, en uniforme colonial blanc, sur « le boulevard »,la promenade de Sidi Bel Abbès. Dans le civil, il est instituteur, l’Ecole Normale en Alsace, régime confessionnel, ça ne rigolait pas. Et après, la préparation et l’école militaire. Le garçon a passé toute sa première jeunesse de pensionnats en internats, bien obligé, son père était garde forestier dans les Vosges, leur maison en bois, isolée dans la montagne, les sapins, la neige. Il allait à l’école communale en skis, l’hiver. Pour la suite, il a eu la chance d’être boursier mais il a fallu tout quitter, mère, sœur, les confitures du jardin et le saucisson séché sous la cendre qu’il aimait tant à la maison et que sa mère lui enveloppait au fond de la petite valise quand il repartait en pension. Une seule fois par mois chez lui, pendant tant d’années... Tournez la page