Un sentier empierré contournait la propriété de mes beaux-parents Gatellier, il partait à l'assaut de la colline pour arriver sur un plateau au château où résidait Madame De Goux châtelaine la bien nommée, très vielle France et imbue de son titre de Baronne.Elle suscitait un profond respect aux paysans du voisinage.
Le hameau avait beaucoup de charme, nous étions entourés de verdure, le calme y régnait en maître. Après la dernière année passée en Algérie sur le qui-vive ,ce lieu était une sorte de doux médicament pour calmer nos nerfs éprouvés par les mensonges de notre président et de ses ministres, par l'angoisse due aux bombes, aux mitraillages, aux fusillades assassines et à l'incertitude du lendemain. Une seule fois notre sérénité fut troublée au milieu de la nuit par un bruit qui nous fit penser en un éclair à un attentat à la bombe. Un vent violent avait soufflé avec force un lourd panneau de bois qui fermait l'immense cheminée de notre chambre .Celui-ci s'était abattu avec violence sur le parquet. Toute la maisonnée réveillée brutalement eut du mal à retrouver le sommeil
Mes beaux-parents avaient acheté cette minuscule propriété en 1956 afin de venir y passer les vacances à moindre frais et également pour y loger l'un des grands pères de mon épouse, modeste retraité de l'armée gravement blessé en 14-18.
Lors du récit concernant mon 5 juillet 1962, je précisais que mon épouse et mon fils arrivés avant moi en France logeaient en famille dans la maison de mes beaux-parents à Goux minuscule village perdu du département du Gers.
C'était une petite fermette située au milieu d'un terrain pentu de quelques centaines de mètres carrés, au pied d'une colline boisée. Pour y accéder à partir de la route nationale qui reliait Tarbes à Bordeaux, il fallait emprunter un petit chemin vicinal en pente, long d'environ deux cents mètres. Nous passions devant l'école à une seule classe fermée depuis longtemps par manque d'élèves et devant trois modestes fermes en exploitation . La maison située légèrement en hauteur dominait le hameau et la plaine verdoyante de la rivière Adour. En face on distinguait les coteaux de Saint-Mont qui produisent de nos jours d'excellents vins.