Manuel Rodriguez dit Manou Rodriguez : Pépé, le ramasseur de balle du Stade Paul André 2/3
Souvenirs de Sidi-bel-Abbes

Evidemment, tout ceci causait quelques dégâts dans les cultures et le Sporting, généreux, offrait  2 ou 3 places gratuites à la famille Pérez, locataire ou propriétaire de ces terres. Lorsque le SCBA marquait un but, tandis que la foule présente poussait son cri de joie « Ilié ! Ilié ! Ilié ! » (Il y est…..le ballon….dans les filets), notre Pépé ne mettait pas 10 secondes à gravir une dizaine de marches, se hisser sur la plateforme de l’élément publicitaire et afficher la plaquette portant  le chiffre adéquat. Je précise qu’à Bel-Abbès, on s’époumonait à crier « Allez… les Blancs ! Allez…. les Blancs ! » Mais à Oran, les Oranais  disaient toujours: « Bel-Abbès ! Bel- Abbès ! »…et nous avec,   pos claro. Mais lorsque les « Visiteurs » de Paul André  parvenaient à leur tour à tromper la vigilance de notre gardien de but, dans un silence absolu, Pépé ne bougeait pas. Il n’avait rien vu .Il  était comme abattu ! Le jeu reprenait donc et seulement alors, sans se presser le moins du monde, comme en cachette, il se décidait enfin à aller rectifier l’affichage. A ce sujet, les spectateurs, depuis les tribunes, avaient parfois droit à un petit intermède  amusant. Tout près du panneau d’affichage, de l’autre côté du mur d’enceinte

des « tribunes populaires », émergeait la toiture  en tôles ondulés d’une petite  bâtisse qui abritait  le puits Colman, « el pozo Colmán [ Colmane] » et son petit bassin très célèbre dans notre faubourg. J’ajoute au passage que c’est là que des générations d’adolescents de la Calle del Sol apprirent à nager. Oui ! Aller jusqu’ à la Mekerra à pied, c’était parfois un peu loin. Les jours de grande affluence, lors des rencontres SCBA-USMBA ou SCBA-USMO par exemple, la toiture du puits Colman  menaçait de s’effondrer sous le poids de la multitude. C’était une manière habile, pour les démunis, de suivre le spectacle sans bourse délier. La grande majorité de ce petit monde ne portait pas toujours les « Blancs » dans son cœur, invectivait bruyamment notre ramasseur de balle et l’insultait copieusement, lui reprochant son manque évident  d’impartialité. Aussitôt descendu de ce perchoir, notre jeune homme commençait subitement à tourner en rond, les bras détachés du corps, les mains ouvertes, scrutant désespérément le sol, à la recherche de….. «munitions». Ceux qui le connaissaient bien  savaient qu’il devait  jurer de colère : «  La puta su madre ! La puta su madre !

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