Souvenirs de Sidi Bel Abbès
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Aussi les horaires étaient sans cesse modifiés pour que tout le monde puisse aussi irriguer dans la journée.
Mon père me racontait que chaque jardinier arrivait sur les lieux un bon quart d’heure avant. Une bêche recourbée à la main, il attendait impassible «  son heure ». Il savait que l’eau coulait à côté et il commençait à avertir son voisin de sa présence.
Ils n’avaient pas besoin de se voir. Ils communiquaient à haute voix : « Pedro ! Te quedan 10 minutos ! », Pierre ! Il te reste 10 minutes. On ne plaisantait pas avec la durée qui était impartie à chacun d’entre eux.
Au moment précis, une lampe de fortune à la main, le voisin fermait à l’aide d’une vanne l’accès à sa propriété. Il avait fini son irrigation.
Le suivant déplaçait alors la vanne fermant le canal d’entrée à ses cultures et s’en servait pour obstruer le cours du canal principal.
Tout avait été préalablement préparé. Chaque carré de culture était protégé par une petite butte de terre et recevait à tour de rôle l’eau nécessaire par une petite entrée que l’on ouvrait et que l’on refermait. Un simple coup de bêche suffisait à boucher un accès et à en ouvrir un autre. L’eau faisait ainsi petit à petit le tour du jardin.
L’irrigation se faisait d’Ouest en Est et tout se déroulait sans trop de problèmes.
A partir des années 50, ces zones maraîchères se réduisirent comme peau de chagrin au profit de constructions de villas ou d’immeubles.
Manuel Rodriguez : l'irrigation à Sidi-bel-Abbès 2/2