AVEC LES KEPIS BLANCS
RUE DE LA JOIE A BEL-ABBES
(rue verte) 02/10 par Marcel Carrière
Reportage photo, Paul Buisson, Extrait de la revue Détective
Près de l'estrade où se tient le musicien sans regard, un grand gars, aux yeux noirs, laisse tomber sa tête sur l'épaule de Mado l'Algérienne. A moins que ce ne soit Rita l'Espagnole. Peu lui importe ! C'est une femme. Les femmes, ça sait se taire. On peut lui parler pour la première fois : elles vous écoutent comme si vous étiez un vieil ami.
-J'en suis moi, du côté de Nogent.
Le perreux, la Marne, les guinguettes, de l'eau, beaucoup d'eau, et tout le reste. Tu t'en fous de tout le reste. Moi aussi, maintenant. Ce n'est pas gentil ce que je te dis, mais si tu savais...
Mado ou Rita, le sait très bien, et depuis longtemps. Elle laisse la confidence venir, elle laisse le cruel souvenir couler entre les lèvres dures.
..On lui aurait donné le bon Dieu sans confession, à cette garce. Une jolie petite bouille, des yeux verts, des cheveux blonds, et un de ces rires. Quand elle riait, ça secouait la barque, ça faisait des petites rides, tout autour de l'eau. Pas de boulot, en 45. Comme tout le monde, un an avant, j'avais pris le vieux fusil qu'on m'avait donné et j'avais tiré dans le tas.
Légionnaire posant rue verte
J'ai vu des uniformes verts basculer, pas loin de moi. J'ai cru que ça y était, que j'étais un drôle de gars, une sorte de sauveur. C'était dans les journaux. Mais rien, pendant des semaines dans mon sale métier de maçon. Pourtant, c'était pas le travail qui aurait dû manquer avec toutes ces ruines.
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