Extraits du FORUM

En consultant le plan de Sidi-bel-Abbès qu'Henri nous a présenté dernièrement( 1881), je remarque la présence ici et là d'entrepôts d'alfa.Il existait en effet d'importants chantiers d'Alfa à Bedeau (90 kms au sud). C'était déjà une région de steppes semi-désertiques où poussaient cette graminées.On fit longtemps appel, à la main d'oeuvre Andalouse habituée à ce travail dans la région du Cabo de Gata (Alméria).C'était des saisonniers qui venaient pour quelques mois et repartaient ensuite chez eux.. Mon beau-père (1915-2005) qui vécut à Bedeau adolescent a fréquenté avec son père ces chantiers. Il nous racontait comment vivaient ces andalous, les veillées

qu'ils organisaient avec chants flamenco etc. Ce n'est que plus tard que certains s'établiront définitivement chez nous, avec leur famille.Gamin, je me souviens de ces camions d'alfa qui faisaient halte "au bar des Amis" de mes copains,route des Amarnas, le temps pour les chauffeurs de se désaltérer un peu.
Ces chargements se dirigeaient sur le port d'Arzew et l'alfa était exporté en grande partie vers l'Angleterre, nos grands clients.
Dans mon faubourg il y avait des artisans qui savaient travailler l'alfa, "el esparto" et faisaient quantité de choses: paniers, couffins, cordages, nattes et même des espadrilles "alpargates".
Ma grand-mère maternelle nouvellement mariée allait avec des voisines, à pied au champ de manoeuvre derrière la gare, pour mettre en condition l'alfa , trier, faire des fagots Etc C'était à 3km du faubourg. Elles partaient le matin et en revenaient le soir.
(Manuel)

À propos d'alfa, j'avais moi-même une tante "aspargatera", une faiseuse d'espadrilles. Je me souviens , encore gamin, de la fascination que j'éprouvais devant son étonnante

dextérité. Elle restait courbée des heures durant devant une large planche polie par l'usage et légèrement pentue d'où émergeait un redoutable clou, une sorte de pivot autourduquel prenaient forme peu à peu , grâce à des gestes rapides et précis, des semelles en fibre d'alfa tressée. Il fallait ensuite les recouvrir de toiles fortes prédécoupées qu'il fallait coudre à l'aide d'un poinçon avec du fil poissé. Ma tante était payée à la pièce et des dizaines de paires d'espadrilles chaque jour suffisaient à peine pour acheter le pain de ses enfants. Aujourd'hui pour ce travail, on utilise plus aisément la main-d'oeuvre enfantine asiatique mais le principe est resté le même. (Antoine)

J'oubliais de préciser que "la aspargaté"ou "espargaté", , comme nous disions tous, était l'arme dissuasive de toutes les mamans. Je crois qu'il y en avait dans toutes les chaumières. Ce devait-être un commerce florissant. A longueur de journée, on était menacé de subir les coups de cette arme redoutable.... si nous n'étions pas obéissants.
"Dale con la aspargaté" c'était une recommandation sans cesse renouvelée. (Manuel)

L'alfa et les riverains de la Mekerra 1/4
Souvenirs collectifs de Sidi-bel-Abbes
Keskes pour la cuisson à la vapeur de la semoule. photo Biglietti
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