Sur le testament de l’A.S.S.E.

La coupe va s’offrir. cette rencontre sera l’apothéose d’une série particulièrement faste au football oranien. Certes un beau spectacle nous échappe au bénéfice des Marocains. Aurons-nous, au moins, l’immense satisfaction de la grande victoire ? De toutes façons, les deux adversaires du dimanche à venir sont dignes l’un de l’autre, et le vaincu ne le cédera en rien au vainqueur. Du moins moralement.

Un combat de cette envergure doit dans le fond être maintenu à ses justes proportions ;  somme toute, il ne s’agit que de gloire éphémère. N’est-ce pas, sympathique A.S.S.E. d’Alger ? Mais n’en doutons pas, pour être chaude, la lutte n’en sera que plus courtoise. Nous ne la voulons pas historique, et, sans vouloir crouler dans une romantique grandiloquence, nous pouvons, sans crainte d’erreur, la prévoir héroique.

Avec le recul du temps, la polémique passée s’envole en une fumée d’échecs sans prolongements. Ainsi seront évités les incidents puérils et mesquins. Le public du stade Philip sera sans animosité et les divergences d’intérêts cèderont sportivement le pas à l’engouement pour le beau jeu. Dans une symphonie de sensations et d’émotions, il connaitra cette puissance d’atmosphère propre au généreux sang latin et le gôut sensuel des griseries de masse.

Quant à nous foin de toute prophétie et souhaitons au Sporting sinon de vaincre, au moins de savoir succomber. Car, comme a dit le poète :

Plutôt que d’abattre son ennemi en lâche, Mieux sied certainement périr avec panache.

Le titan W.A.C.

Magnifique lion à somptueuse crinière, le Wac aux crocs féroces, foudroie déjà d’un regard hautain son audacieux adversaire. Il croit en sa victoire. Ce n’est point vanité. Son indéniable valeur l’autorise à la plus franche présomption. La méthode de cette équipe repose sur une absolue discipline. On oublie sa passagère éclipse pour ouvrir des yeux émerveillés sur la virtuosité toujours renouvelée, de ses précieux éléments. A les voir évoluer dans un style que nos équipes ne possèdent pas à un tel degré, on se sent pris du respect de leur art. En quelques mouvements, empreints du plus pur classicisme, ce onze sait imposer la quintescence d’un sport régnant. On ne sait qu’admirer davantage : la perfection du rythme ou la lucide sûreté des attaques.

Là, dans une composition d’ensemble géométriquement ordonnée, on creuse, on fouille, on crée. Et le but bien amené s’avère chaque fois comme la conclusion logique d’un élan tactique qui semble aller inéluctablement à la réussite. Aux déchaînements lyriques de ses rivaux, cette équipe oppose virilement la froideur méthodique d’un mouvement d’ensemble.

Parfois, dès que la victoire sourit, le spectacle tourne à la comédie jouée au profit d’une galerie enthousiasmée.

S.C.B.A. : furia latine

Contre un tel adversaire , le Sporting fait figure de poète aventureux. On ne peut être sûr, en ce moment, de sa force ni de sa méforme. Ses derniers résultats en championnat ne peuvent constituer un critère. Car à suivre un double but, on se doit de composer. Nous saurons bientôt si les ambitions de ce club reposaient sur des calculs précis. Pour l’instant chapeau bas, la place est belle sur les deux tableaux.

L’équipe blanche a livré, cette saison, maintes luttes luttes épiques. Aux assauts de tous, elle a opposé une résistance irréductible. Ses rudes efforts expliquent aisément son irrégularité. L’espoir qu’elle peut vaincre à Casa, ne touche pas au grotesque et ne peut éveiller d’ironie.

Dans ce onze, la défense constitue la force sûre, l’élément de sécurité, la résistance opérante contre quelque bêlier qu’il soit. Car, si l’ineffable Domingo en constitue la dominante dangereuse, on attend du maître Rebibo, le coup de baguette de sa vie, celui qui fera surgir la formule magique dont l’application donnera à l’Oranie l’ultime consécration.

On sait de quoi est capable le vieux Sporting, belle équipe aux redressements stupéfiants qui effacent en un vol d’aigles l’angoisse la plus crispante pour offrir à ses chauds partisans, le brûlant échauffement d’un succés détonant.

Faisons confiance à sa générosité dans l’effort, à ses merveilleux envols qui donnent à ses combats, une saveur virile et un charme émouvant.

J.L.

S.C.B.A. et W.A.C. se sont rencontré une fois, il y a 3 ans, en demi-finale de la coupe Rivet, à Monréal le 30 mai 1948. Match passionnant, où le W.A.C. l’emporta (4 à 3) mais le S.C.B.A. termina à 8 joueurs. Espérons qu’il n’en sera pas de même, dimanche au stade Philip.