Elle tressautait gentiment, et, sur les pavés
Que le vent la pluie d'hiver avaient lavés,
se déhanchait comme une danseuse fatiguée.
Et quand lanuit venait, par ses lanternes irriguée,
Naissait un mystère profond, jouant à cache-cache
Avec les ombres mouvantes créées par la tache
Des lumières jaunâtres dansant sur les côtés.
Nous arrivions. Les histoires en chemin contées
Etaient oubliées. Il faisait nuit et froid.
A Saint-Vincent de Paul l'heure sonnait au Beffroi.
Le cheval, aux pelage et naseaux fumants,
Hochait sa lourde tête, heureux de ce moment
De répit. La journée fut longue ! Son rêve ?
Une bonne avoine, une litière, une trève.
Dans son travail. Mais demain, de son trot tranquille,
Il refera son trajet : ville-gare, gare-ville,
De son train nonchalent et précis, endormeur,
Plongeant ses passagers dans une douce torpeur.
Je rêve ! Là-haut dans le ciel les hirondelles
Rayent l'azur d'un trait incisif, rapide !
Je rêve à mon Bel-Abbès, à la "rondelle" !
Pourquoi ? Dieu sait ! Parce que propre, timide,
Elle nous descendait de la gare, au trot tranquille
De son vieux cheval, jusqu'au centre de la ville,