Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
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Pâques 1963….le cauchemar !

Nous recevons une lettre de détresse de mes parents, nous priant de tout faire pour venir les secourir…Ils étaient harcelés, menacés par certains olibrius fanatiques ... » si vous nous servez pas de l’anisette ( boisson interdite ), vous subirez le même sort que untel ou untel…, d’autres clients, au contraire venaient encore rechercher cette ambiance de naguère, ce bien être perdu…

Les vacances scolaires étant, avec mon épouse et mon fils, nous prîmes notre « Dauphine » Renault et nous voilà traversant l’Algérie d’est en ouest dans un climat d’insécurité totale…

Jean-Pierre Montoya : rêve...et cauchemar 3/3

La Calle Del Sol, la route des Amarnas…le « Bar des Amis » étaient toujours là, fidèles au rendez- vous mais…ils avaient perdu leur âme. Nous avons trouvé mes parents effondrés…ils nous attendaient pour tirer un trait, pour clore à jamais ce passé fait de volonté, d’acharnement, de travail…Très croyants, ils allumaient chaque soir une veilleuse devant une statue de notre Sainte Vierge et cherchaient un sommeil réparateur dans l’ombre occasionnée !

Trois jours après, les places d’avion étaient prises …et un matin vers 03 heures, nous nous sommes SAUVES de chez nous. Les dernières paroles de mon père avant de quitter SON « Bar des Amis » : »Jean Pierre, coupe le courant c’est plus prudent il pourrait y avoir un incendie !!! ». L’incendie, j’avais grande envie de le créer…Vers 07 heures, ils prenaient l’avion à la Sénia …Un dernier geste de la main, le regard plein de larmes…Adieu « Bar des Amis », Adieu notre Algérie !!!.

Maintenant pour moi, l’Algérie existe toujours…mais dans le passé. Les bons souvenirs ressurgissent chaque fois que j’y pense ! Plus les années passent, mieux je comprends le bonheur que j’avais alors à vivre dans une telle ambiance, dans un tel décor rempli de soleil, de ciel bleu…Et bien que j’aie les cheveux blancs, je revis toujours mes joies d’enfant, d’adolescent, d’homme quand je pense au « Bar des Amis » à la Calle Del Sol…à mes parents, où les yeux ravis, je souriais à la lumière… Jean-Pierre Montoya

J.P. Montoya en 1946 devant une des 2 portes du bar des amis
La famille Montoya en 1963, 3 jours avant leur départ définitif. JP prends la photo