Papa s’aperçu de ma déception , il me donna quelques pièces et m’envoya prendre des billets de loterie à la `` rifa `` comme nous l’appelions, le gros lot ne fut pas attribué et j’eus droit à un `` approchant `` , je revins vers mon père avec un sucrier en verre `` tu vois maman va être contente `` me dit-il ….moi j’aurais préféré ramener le lapin à la maison !!!
La soirée et la nuit étaient réservées à l’orchestre et au bal populaire, c’était vraiment la fête pour les jeunes en quête de l’âme sœur ainsi que pour tous les autres . Le bal faisait une pose pour laisser place au fameux radio-crochet, un moment très prisé des Belabbésiens .
Dans notre quartier nous avions un chanteur , il s’appelait Juanico et habitait dans une petite maison située à l’angle de l’avenue Bir-Hakeim et la rue Douaumont , il sifflait merveilleusement bien et pouvait imiter le chant de nombreux oiseaux, on le surnommait `` piou piou canario `` c’était un oiseleur remarquable !!! Bien qu’il fut plus âgé, nous aimions sa compagnie, il nous racontait des histoires souvent vécues qui déclenchaient des fous rires dans le groupe. Je me souviendrais toujours de la phrase qu’il nous avait lancée à propos du décès d’un vieil homme du faubourg Négrier : `` 90 ans, c’est un bel âge pour faire un mort ``,avec mes camarades nous étions restés bouche bée !!!
Il interpréta la célèbre chanson "el Emigrante" aux paroles combien évocatrices pour chacun de nous, le public lui fit un bel accueil, mais il ne remporta pas le concours, le jury l’attribua à une jeune fille qui chanta ``Rossignol `` de Luis Mariano. Quel personnage ce Juanico …Salut l’artiste !!!
La nuit belabbésienne était belle et agréable , le ciel couvert d’étoiles me permettait de contempler aisément les constellations du grand Chariot et du petit Chariot avec l’étoile polaire au bout, sur fond musical je me sentais bien dans ma ville .
Papa tira sa montre de gousset de la petite poche de son gilet et donna le signal du départ, la famille quitta la fête qui battait son plein, c’est à regret que je m’éloignais des flonflons du bal de la gare .