Robert Bounneau : M. Noël BOYER
mon professeur de violon 3/4 |
Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
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C'est ainsi que je garderai toute ma vie le souvenir de l'émotion « artistique » que j'ai ressentie lors d’une séance de musique de chambre chez lui au Faubourg Thiers, où nous avons joué un concerto de Bach pour deux violons accompagnés au piano par sa femme, qui pour l'occasion avait conservé son tablier de ménage comme presque toutes les maîtresses de maison de l’époque lorsqu’elles étaient chez elles.…
Monsieur BOYER était quasiment aveugle mais ne portait jamais de lunettes. Il avait confié à mes parents qu’il avait appris le solfège en braille. Il connaissait par cœur toutes les partitions qu'il me faisait étudier mais lorsqu’il voulait lire un passage précis il devait littéralement coller son nez sur le papier pour y voir quelque chose. Mes parents avaient beaucoup d’estime pour lui depuis qu’il leur avait confié que sa cécité et la nécessité de gagner sa vie l’avaient contraint à renoncer à devenir concertiste. |
Il n’avait pas de voiture et circulait en ville en vélo sans accident malgré sa vue. Il donnait des cours au conservatoire ainsi que des leçons particulières à domicile.
Il était aussi l’organiste de l’église St VINCENT et je l’entendais chaque Dimanche pour la grand messe de 10 heures. Les jours de fête avec grand messe solennelle concélébrée par trois officiants, il accompagnait la chorale paroissiale, et un peu après la communion, pendant la période de recueillement des fidèles il affectionnait particulièrement la célèbre Toccata de Bach . Toutefois le curé MAS, qui était moyennement sensible à la grande musique, n'hésitait pas à couper court aux intermèdes musicaux lorsqu’il estimait qu’ils retardaient le déroulement de l’office ; pour cela d'un geste décidé il appuyait sur un bouton caché dans la chaire qui devait actionner une sonnette ou un voyant situé au dessus des claviers de l’orgue. Tournez la page |