Une photo des "blancs" d'avant guerre adressée par notre ami Jean-Paul me remet en mémoire une bien belle histoire qui me fut rapportée il y a bien longtemps mais dont, hélas, je ne puis en garantir l'authenticité.
Cela se serait passé à Tunis, en 1942. Notre Sporting s'y était rendu pour disputer une rencontre officielle contre l'une des équipes locales. Comble de malchance, c'est ce moment également que l'armée allemande avait choisi pour envahir le pays sans prévenir. Conséquence logique et immédiate : nos représentants, bloqués, se trouvèrent dans l'impossibilité de regagner leurs pénates. Préoccupés, on le serait à moins, par le sort qui pourrait leur être réservé, ils s'appliquaient à tuer le temps en déambulant, sans âme et sans but, à travers les rues bruyantes de la ville. C'est comme ça qu'un beau matin, tout à fait fortuitement, ils eurent la surprise de tomber nez à nez avec un austère soldat, sanglé dans l'inquiétant uniforme germanique. Ce qui se serait passé alors avait dû surprendre fortement les passants témoins de cette scène. Ce ne fut en effet qu'une effusion de joyeuses embrassades et de grandes tapes dans le dos. L'homme qu'ils venaient de reconnaître dans la peau du méchant envahisseur n'était autre que
leur ancien et talentueux coéquipier, compagnon des beaux jours, l'ex-légionnaire Hess. Retourné dans son pays à la fin de son engagement, il n'aurait pu prévoir, le pauvre, que la planète allait brutalement s'enflammer dans un long et meurtrier conflit. La Wermacht eut tôt fait alors - juste utilisation des compétences - de récupérer notre lascar pour le renvoyer illico en Afrique du Nord, une région qu'après tout il devait très bien connaître. Comme on peut le supposer, notre homme, après cette rencontre inopinée, se fit un devoir urgent d'aller plaider la cause de ses amis auprès de ses supérieurs hiérarchiques. Cette intervention passionnée eut-elle un effet positif dans le déblocage de la situation ? Difficile de l'affirmer. Toujours est-il que les joueurs belabbésiens auraient reçu, presque aussitôt, l'autorisation de rentrer chez eux. Une fin, donc, on ne peut plus heureuse.
Alors...légende ou réalité ? Jean-Paul, dont le paternel a peut-être fait partie des héros concernés, pourra, on l'espère, nous éclairer là-dessus. J'aimerais tellement, quant à moi, que cette belle histoire d'amitié soit véridique, ne serait-ce que pour rendre hommage à cette solidarité que seuls les liens du sport sont capables de générer.