signe encourageant, il vous fallait encore, avant de lancer votre invitation à danser, et c'était là le plus difficile, obtenir l'assentiment maternel accordé rituellement d'un mouvement discret de la tête et seulement après une méticuleuse inspection visuelle de votre apparence tant physique que vestimentaire. Vous pouviez dès lors entraîner votre cavalière sur la piste, mais gare aux frôlements équivoques, vous restiez sous une surveillance vigilante dont il ne fallait espérer aucune indulgence. Des idylles, bien sûr, naissaient de ces rencontres sous liberté surveillée, mais elles ne pouvaient se concrétiser que seulement le jour sacro-saint du mariage. On ne badinait pas chez ces gens-là avec "l'Honneur de la Famille". Il faut admettre quand même que notre réputation, certainement méritée de piliers de bar, ne jouait certainement pas en notre faveur et nous exposait souvent à des refus à la limite de l'humiliation. Comme cette fois où l'une de ces pimbêches, pour repousser une offre et donner à croire que sa prochaine danse était déjà réservée, avait prétendu sur un ton faussement contrit qu'à son grand regret, elle était hélas déjà "compromise". Un préfixe superflu responsable d'un regrettable lapsus auquel, bien entendu, on ne pouvait que répliquer qu'on n'y était pour rien.