Ecritures de Sidi-bel-Abbès
Andrée Job-Querzola : paire ou impaire ? 2/2
Andrée, c’était la reine du boulevard !
Tu l’as dit à un vieux copain de Bel-Abbès qui savait de quoi tu parlais. Toi aussi tu regardes loin derrière. Le boulevard…j’ai ri au téléphone . Les rêves de notre adolescence, tu le sais, nous tiennent lieu de passeports depuis longtemps. On a traversé la mer avec ce sauf-conduit, les frontières, souvent, et aussi la guerre des années, toujours recommencée. Mais pas la mort, non, il n’y a pas de viatique contre la mort.
Le boulevard et ses rois, ses reines. La concurrence était sévère, il fallait assurer chaque dimanche que Dieu, le curé et l’église faisaient. Le boulevard , une récompense après la messe. Une robe neuve, les premiers escarpins, la dernière coiffure à la mode…Pas de maquillage, pas encore, pas à mon âge, la morale de ma famille
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Allées et venues des filles, à deux, à trois, en brochettes…Et en face, là, en face, le roi du boulevard, mon roi pour au moins ce dimanche et peut-être quelques autres. En face aussi, on met le paquet. La sape des jours sans école, la gourmette au poignet, la mèche artiste, à peine rebelle…Elle m’a regardé ? tu es sûr ? allez viens on retourne, au prochain tour je lui dis bonjour.
Cette année-ci, la 2009,( une impaire,faudra voir…) je n’ai pas fait le boulevard, j’ai remonté à pied les Champs Elysées, pour regarder les arbres de l’hiver clignoter tout en bleu. Un froid ! L’ aller simple m’a suffi. En face, des bonnets, des cache-nez et des moufles, rien de bien glamour, comme tu vois.
Alors la reine du boulevard, il n’y a que toi qui t’en souviens. C’est ton cadeau, tes étrennes pour 2009, l’année impaire des vivants.