Les classes étaient très chargées en effectif. J’avais 47 élèves : 40 Algériens et seulement 7 Européens, comme nous disions chez nous.
Je me souviens bien du visage de chacun d’eux, mais 47 ans après, je n’ai retenu que le nom de 9 d’entre eux. Trois très bons élèves : Labiod, Belayachi fils du taleb chargé de l’enseignement coranique dans le village et Serge Putelas, fils de gendarme. Bonillo était le fils du garde champêtre. Je me rappelle bien aussi de Weiss et de De San Nicolas. Pourquoi ? Je n’en sais trop rien. Il y avait les deux loustics Moya et Toumi, élèves en difficulté, deux inséparables qui ne cessaient cependant de se chamailler et de se jalouser. La mise en garde favorite de Moya à l’égard de son rival et ami, c’était : « Toumi ! Stena barra ! »Ce qui signifiait à peu prés : Attends dehors ! Menace sans effet, bien entendu.
Enfin comment oublier Oualmia qui faisait souvent l ‘école buissonnière et dont l’oncle m’adressa le courrier ci-joint pour me mettre en garde. Je l’ai précieusement gardé. Je précise que je n’étais pas le directeur. La photo fut prise devant ma classe avec, en arrière plan, un des trois oliviers centenaires de la cour de récréation.
Je dédie la photo à ceux qui osent parler d’apartheid, d’abandon de l’alphabétisation des jeunes Algériens même si on aurait pu encore mieux faire, et je la dédie tout particulièrement à mes chers collègues de Métropole.