J.J. Kessis
Ce fut un événement impressionnant et frappant pour les enfants ; les américains uniformes rutilants, distributions de douceurs oubliées (les bonbons) ou nouvelles (chewing gum) café soluble en boites de cirage, convois interminables de camions identiques à étoile blanchequi montaient en ligne depuis Casablanca vers la Tunisie, moustiquaires vertes aux fenetres des écoles où ils étaient pour une petite ville c'était un évènement considérable un peu l'histoire qui frappait à la porte. J'étais à tlemcen alors (1940-1943) (simple visite, je suis né à bel abbès en 1935). je suis curieux de savoir comment cela s'est passé à bel abbès. (je suppose que les memes convois passaient
où étaient-ils installés, etc...)
André Hernandez
Il en était ainsi à Bel-Abbès. Nous voulions vérifier nos premières notions d'anglais, mais leur prononciation nous déroutait, et en plus avec leur chewing gum machouillé... Nous faisions collection de leurs insignes dorés (US) et de leur pièces de monnaie qu'ils nous donnaient bien volontiers. Et puis, ils avaient ouvert un local de propagande Bd. de la République, près du café Alba, où nous étaient offertes gratuitement de magnifiques revues en couleurs, sur papier glacé, avec de splendides photos d'avions de combat. Puis, le Lycée Laperrine fut transformé en hôpital militaire et nous avions été envoyés à l'école Carnot où les cours n'avaient lieu que le matin. L'après-midi, c'était le tour pour les filles de cette école. Aux récréations, nous avions droit à un bon bol de lait chaud. Cette fabuleuse période m'a marqué profondémént.
Jean-Paul de Haro
Je me souviens parfaitement de la sortie des vieux tanks qui avaient quitté le Quartier Yusuf (côté pont Peri) pour aller au devant de ceux qui étaient encore des "ennemis". Nous étions massés route d'Oran pour assister à leur glorieux départ, mais qu'ils avançaient lentement ! Péniblement devrais-je dire puisque l'on entendit raconter ensuite que certains,tombés en panne, n'avaient pu dépasser le lieu-dit Le Rocher, à peine 6 kms plus loin. Le simulacre de combat se poursuivit dans les airs: une mitrailleuse installée sur l'immeuble le plus élevé situé près des casernes, à hauteur du café Zois, tirait sur un avion de reconnaissance qui évoluait au-dessus de la ville. Mais très vite ce fut l'entrée de la superbe armée des vainqueurs pour la plus grande joie des enfants, bombardés de friandises en tous genres, de cartouches de cigarettes (qui avancèrent notre initiation au tabac...), et qui apprendraient bientôt que leur temps de classe serait réduit de moitié puisque certaines écoles hébergeaient les troupes U.S. Les implantations les plus spectaculaires, parce que les plus visibles.., se situaient à l'emplacement du futur stade de Laperrine où les soldats jouaient au base-ball et au terrain d'aviation, route de Mascara, où nous allions faire provision de conserves pour nous faire pardonner l'escapade par nos parents.Quant aux rudiments d'Anglais ce sont certainement les petits cireurs qui en firent l'acquisition la plus rapide, vu l'étendue des services qu'ils pouvaient proposer, du coup de brosse à certaines adresses confidentielles..
J.J. Kessis
vous rendez bien le coté féérique de cet évènement surtout pour les enfants. Je le ressens encore maintenant. j'étais un peu bébé (7 ans) ce qui me handicapait pour galoper derrière les camions et récupérer les friandises cependant j'avais un trophée envié de mes camarades, un petit drapeau qu'un GI avait décousu pour moi de sa manche il était un peu délavé car ma mère dans une rage desinfectante injustifiée l'avait passé à la javel.
Manuel Rodriguez
J'étais à l'école maternelle, au dos de l'école Paul Bert et les Américains occupaient le bâtiment de "la Bel-Abbésienne."Depuis les fenêtres , ils nous appelaient, pendant la récréation. Les "maîtresses" laissaient deux ou trois d'entre nous traverser la rue et nous récupérions bonbons et chewing- gums que nous partgions avec les copains. Je devais avoir 5 ans ou 6 ans. Je m'en souviens vaguement.Ces Américains venaient aussi dans le faubourg, à la glacière Municipale, pour acheter des barres de glace. Nous étions tous là comme une nuée de moineaux, attendant les bonbons. Pendant des années nous ne cessions de répéter les quelques mots ou expressions que ces militaires utilisaient quand ils s"adressaient à nous. Hello! Good bye! Come on boy! salababèche! ( un juron). Gélaréhé! (dégagez!)Nous savions compter jusqu'à 10. Ces hommes seuls regardaient aussi les jeunes filles ou adolescentes et comme elles parlaient espagnol, ils les appelaient toutes :"Maragarita!" Mais ils leur disaient aussi: "Fucki? Fucki Margarita?" Nous comprimes plus tard le sens de cette invitation. Cette expression fut adoptée et nous l'utilisâmes toujours pour plaisanter.elle était devenue"Facki? Facki ?Margarita?" Les adolecents Algériens qui trafiquaient avec eux, avec les paquets de cigarettes, connaissaient encore plus de vocabulaire que nous. En allant un jour me promener sur la route du Télagh, je trouvai sur le bas côté de la route un chapeau de brousse qu'ils avaient perdu . A la maison tout le monde l'appelait "le chapeau de Johnny" " Mets le chapeau de Johnny qu'il y a du soleil mon fils!" Après leur départ, ils laissèrent des vélos à eux, couleur kaki, très costauds. Mon voisin en avait un et nous le regardions tous avec admiration.