La redoute et le petit village de Sidi-Bel-Abbès, distants de trois journées de marche d'Oran, occupent une légère élévation, sur la rive droite de la Mekerra ; les bords de cette rivière sont marécageux en plusieurs endroits, tout près du fort, et plusieurs nappes stagnantes isolées du cours d'eau, intoxiquent également le voisinage (1). Tous les ans il y a des fièvres à Sidi- Bel-Abbès, et ce lieu passe même pour être assez malsain ; mais pendant l'automne de 1845, elles n'épargnèrent à peu près personne de la garnison et revêtirent un caractère tellement pernicieux que les officiers de santé en chef s'en émurent, et qu'il fut question pour un instant d'abandonner le ' poste. Or l'inondation de la Mekerra avait été extrêmement considérable au commencement de l'année et les eaux, qui s'étaient amassées en flaques stagnantes dans les anfractuosités sans issue, avaient laissé à nu, après les chaleurs, de vastes surfaces exhalantes. Les Arabes dont les douars (villages de tentes) sont disséminés le long du cours de la Mekerra, de l'Habra, etc., furent obligés de lever leurs tentes et d'aller les planter dans les montagnes ; ils fuyaient un fléau sur la pathogénie duquel ils n'ont sans doute jamais disserté, mais dont l'irruption après les crues considérables des eaux, leur est démontrée par l'expérience. Dans une notice sur la cause de ces fièvres, envoyée en janvier 1846 à M. Gasté, médecin en chef de l'armée d'Afrique, et dans ce mémoire présenté à l'Académie en juillet 1846, nous attribuons cette épidémie surtout à l'inondation insolite de la plaine par le débordement de la Mekerra. Nous (1) Froussart, loco cit. Rodde, loco cit. — Notre ami le docteur Julia, médecin en chef de Sidi-Bél-Abbès, nous a aussi fourni des notes précieuses. avons vu avec plaisir que, postérieurement et sans avoir connaissance de nos opinions pathogéniques, MM. Rodde et Froussart, médecin et chirurgien en chef de Sidi-Bel-Abbès, ont émis des idées tout à fait semblables. En 1844, dit M. Froussart, les eaux s'élevèrent peu au-dessus de leur niveau normal, et nous n'eûmes que 2 morts par fièvres pernicicieuses ; en février et mars 1845, elles couvrirent au contraire au loin toute la plaine, et, ne trouvant pas d'écoulement, formèrent pendant quelque temps des nappes stagnantes. Il y eut 2 décès par fièvres pernicieuses. En 1846, le débordement annuel se maintint dans les limites normales, et l'on n'eut, comme en 1844, que 2 morts de fièvre paludéenne. Enfin j'ajouterai, d'après les notes que m'a données le docteur Julia, qu'en 1847 la Mekerra ne subit qu'une crue ordinaire et que les fièvres à quinquina ne furent pas plus graves qu'en 1844 et 1846. Au contraire, quelques années avant la fondation du poste de Sidi-Bel-Abbès, Abd-el-Kader étant venu camper sur le petit mamelon où l'on voit aujourd'hui la redoute, son armée fut tellement décimée par les fièvres qu'il fut obligé de plier ses tentes et d'aller s'établir à 3,000 mètres plus loin, sur une hauteur, près du marabout de Muley-Abd-el-Kader ; or l'inondation avait été, au commencement de cette année, plus étendue que de coutume. — Ces faits nous paraissent tout à fait significatifs. Nous ferons observer, en terminant, que, dans tous les postes de la topographie desquels nous venons de tracer une large esquisse, il existe des causes permanentes d'intoxication paludéenne, causes produisant, année commune, des fièvres dont le nombre et l'intensité sont connus ; et que, lorsque leur nombre et leur intensité viennent à s'accroître considérablement à la suite d'une inondation insolite, on est parfaitement fondé à attribuer cette recrudescence à l'inondation, surtout quand cette coincidence se répète à plusieurs reprises. IRRIGATION et FIEVRES M. Rodde, dans sa remarquable topographie de Sidi-bel-Abbès, a reconnu l'influence funeste des irrigations. ...Les barrages grossiers construits par les Arabes, dit-il, suffisent pour arrêter les eaux et les élever jusqu'à la hauteur d'un systèm de rigoles dont les ramifications, multipliées à l'infini, distribuent le liquide sur une vaste étendue de terrain. Une humidité constante se joint à l'action vivifiante du soleil, et imprime à la végétation des arbres et des plantes une force prodigieuse. Mais cette pratique, si avantageuse pour l'agriculture, n'est pas sans inconvénients au point de vue de l'hygiène publique, ce qui active le développement du végétal peut devenir pour l'homme une source de maladies, et trop souvent une cause de mort...